HÉRAULT
Fille de José et Susana, maraîchers immigrés portugais qui ont racheté l'exploitation sur laquelle ils étaient employés, Estela Castro-Vilares reprend le flambeau familial à sa manière. Avec son compagnon Jules et plus de 50 cultures différentes, elle défend une agriculture de goût, de proximité... et de résistance.
Estela Castro-Vilares et son compagnon Jules Ducournau sont tous deux salariés de l'exploitation, gérée d'une main de maître par José et Susana, les parents d'Estela.
© Crédit photo : ML
Venus tout droit du Portugal pour offrir une meilleure vie à leur famille, José et Susana sont des besogneux qui n'ont jamais compté leurs heures. Initialement employés sur une exploitation maraîchère tenue par des Espagnols à Saint-Aunès, ils décident de leur louer, puis finissent par poser un ultimatum : "On achète, ou on arrête tout", retrace Estela, leur fille. Ils deviennent ainsi propriétaires, mais n'en changent pas pour autant leur façon de travailler. Toujours en donnant autant de leur temps et de leur passion. Estela Castro-Vilares est sur l'exploitation depuis... toujours ! Dès qu'elle les rejoint en France à son tour, à l'âge de cinq ans, après avoir été élevée par ses grands-parents.
À 31 ans et le maraîchage dans la peau, la jeune femme a un temps réfléchi à partir dans une autre direction. "Quand j'étais plus jeune, certains voyaient leurs copains, moi je donnais un coup de main dans les terres. Je m'étais dit qu'il était hors de question que je fasse ça de ma vie", se souvient-elle, une aubergine dans chaque main. Mais en ce 31 juillet, il est 7 h 45 et elle est en pleine mise en place de sa boutique de vente directe. Comme quoi, ne jamais dire jamais !
C'est une alternance en grandes surfaces qui lui fait comprendre qu'au fond, ce n'était peut-être pas si mal. À la fin de ce qui ne sera finalement qu'une parenthèse de sa jeune vie, elle revient auprès de sa famille et leur propose de créer le magasin du chemin de la vieille poste pour développer la vente directe. "Elle voulait valoriser la production de ses parents", glisse Jules, son compagnon qui l'a rejointe sur l'exploitation après un coup de main pendant le Covid, qui s'est finalement pérennisé. Face aux négociations permanentes de la part des acheteurs qu'elle supporte de moins en moins, l'agricultrice décide finalement de marquer le pas en orientant sa production vers la vente directe. Les volumes baissent, le nombre de variétés cultivées, lui, augmente.
"Sur notre secteur, on est l'exploitation qui a la production la plus variée, et nous sommes reconnus pour la fraîcheur de nos produits", rappelle fièrement Jules. Plus de 50 variétés de fruits et légumes passent entre leurs mains au fil des saisons. Chaque produit est récolté à parfaite maturité, avec le même soin pour ceux issus d'autres fermes locales : pêches et raisins de Saint-Jean-de-Fos, poires du côté d'Arles... "Ce qu'on ne produit pas vient du coin, et la qualité reste la même", insiste-t-il. Des prix parfois un peu plus élevés ? Le fruit est mûr, frais, savoureux, parfaite réponse à l'attente de leur clientèle.
Et les clients, justement, sont fidèles. Certains viennent depuis l'ouverture du magasin, souvent des locaux, rarement des touristes. "La route est en mauvais état, on nous promet qu'elle sera refaite, mais rien ne tient", regrette Estela Castro-Vilares. Alors pour attirer un peu de passage, ils misent sur la communication - quand ils en ont le temps. C'est Jules qui s'en charge, amateur de belles images, même si les publications restent irrégulières. "La monoculture, c'est ce qu'il y a de plus rentable. Les gens ne se rendent pas compte à quel point ça demande du travail de produire autant de choses", affirme Estela.
Ce choix de la diversité est une vraie aventure, qui mobilise toute la famille... et au-delà. Estela et Jules jonglent entre la vente au magasin et les passages aux champs, refusant de se cantonner à un seul rôle. José, le père, reste infatigable : "C'est lui qui se lève le plus tôt... et rentre souvent le plus tard", glisse Estela, admirative, quoi qu'elle aimerait parvenir à le préserver davantage. Susana, la mère, travaille souvent seule, avec calme et efficacité. À leurs côtés, Marie, salariée à temps plein, assure la continuité ; Coralie termine son stage ; le parrain d'Estela est également dans les parcelles. Et quand les pics de production s'intensifient, des saisonniers rejoignent l'équipe. Malgré tous ces renforts, les journées restent trop courtes. "On aimerait ralentir, produire moins de choses différentes...", confie Estela.
Mais entre engagement familial, fidélité aux clients et goût du travail bien fait, le cap est difficile à infléchir. Avec un magasin qui a doublé de volume il y a 4 ans et qui représente 70 % du chiffre d'affaires, comment renoncer à cette profusion que les clients aiment tant ? Et eux aussi, finalement. Courgettes bicolores zephyr, aubergines longues chinoises ou rondes, maïs : ils ont le goût de la nouveauté. Une quête qui les stimule autant qu'elle les épuise. À la trentaine, difficile de concilier cette passion avec une vie sociale. "J'essaie de voir mes amis une fois par semaine... mais j'arrive toujours la dernière", sourit-elle, fatiguée. Mais l'idée de déléguer ne l'enchante pas pour autant.
Alors que l'ouverture du magasin approche, tout semble prêt, mais Estela ajuste encore les derniers paniers. "Je vais faire un don à la Banque alimentaire. Ces aubergines sont bien mûres, elles risquent d'avoir trop de graines." Ici, on ne gaspille pas. Et on ne bâcle rien. L'effort, la fraîcheur, la qualité : c'est la devise de la maison.
Les CHIFFRES clés-
ICI
Votre encart
publicitaire !
Roquebrune-sur-Argens
Hérault
PLAN-D'ORGON

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner