Gard 07/05/2025
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Du bureau à la ruche, la seconde vie de Julien Belin

Installé à Bouillargues après une reconversion totale, Julien Belin transhume ses ruches au fil des floraisons, du Gard jusqu'en montagne. À la tête de 700 colonies, l'apiculteur récolte une douzaine de miels aux parfums uniques. Un métier exigeant, rythmé par la météo, les piqûres... et la passion.

Julien Belin, apiculteur à Bouillargues, s'est installé dans le Gard après une reconversion professionnelle.

© Crédit photo : JB

Ce qui plaît particulièrement à Julien Belin dans son métier, c'est "d'être en contact avec les abeilles". Et elles le lui rendent bien : "10 à 15 piqûres par jour en saison." Ancien employé de banque dans la région grenobloise, l'apiculteur de 45 ans, installé à Bouillargues, a craqué le jour où il a vu ce qu'il se passait à l'intérieur d'une ruche. "Quand on est pris par l'abeille, on n'en sort plus", lance-il avec le sourire. Une découverte faite il y a des années, en aidant un ami lozérien pour la transhumance de ses ruches. Il est d'ailleurs resté en contact en lui, malgré leurs emplois du temps chargés.

Il installe d'abord cinq ruches chez lui, puis dix, puis... se lance en 2013 dans une reconversion au CFPPA de Nîmes-Rodilhan. Ro- dilhan où habite d'ailleurs déjà sa famille. Son BPREA en poche, il démissionne et revient s'installer pour de bon dans le Gard, en 2015, en tant qu'exploitant agricole, accompagné par la Chambre d'agriculture.

Les premières années d'exploitation sont marquées par l'aide de son père. Sa miellerie verra finalement le jour en 2019, à Bouillargues.

Le choix de la transhumance

Chaque année, la météo et les abeilles donnent le "la". La forte activité de l'apiculteur - qui travaille seul - débute avec le printemps et, avec elle, viennent les longs déplacements. "La transhumance a un double objectif", explique-t-il, "celui d'avoir du choix dans les miels proposés, mais aussi le bien-être des abeilles. L'été, elles sont beaucoup mieux à la montagne qu'en garrigue où il fait très chaud".

Des milliers de kilomètres sur l'asphalte qui commencent avec les floraisons précoces pour obtenir "les premières miellées de printemps". Comme celles du romarin ou de la bruyère blanche, espèce du pourtour méditerranéen aux fleurs en forme de petits grelots et à l'odeur caractéristique de caramel, mais dont le miel est peu courant. Des voyages qui le mènent dans les Alpilles et dans l'Hérault, à l'ouest de Béziers. "Pour avoir des miels monofloraux, il faut aller sur des secteurs spécifiques", explique le passionné. "La bruyère blanche, il n'y en a pas ici. Peut-être un peu en Cévennes, mais la météo n'est pas la même." Un mois s'écoule entre ces deux transhumances.

D'autres colonies d'Apis mellifera seront, elles, transportées dans l'Ain pour fabriquer du miel d'acacia, ou bien du côté des Saintes-Maries-de-la-Mer (13) pour butiner les plantes de Camargue. Mais pas que. "Mes 4 plus grosses miellées", continue Julien Belin, "ce sont châtaignier, Lozère, lavande et montagne, où les ruches sont installées à plus de 1 100 mètres d'altitude en limite de la Lozère et de l'Ardèche. Là, je déplace quasiment tout le monde. C'est dix nuits d'affilées, c'est dur".

Dur, car les transhumances depuis la garrigue se font la nuit, quand toutes les butineuses sont rentrées à la ruche et après avoir, en journée, récolté le miel, de manière à ne pas polluer les prochaines productions monoflorales. Une période intense à la fin mai/début juin et où le sommeil manque.

Des récoltes variables

"Les abeilles ont l'instinct d'amassage", explique Julien Belin. "Elles ramassent plus que ce dont elles ont besoin. Et nous, les apiculteurs, ramassons ce qu'elles ont dans leur grenier car en bas, elles ont déjà tout ce dont elles ont besoin. " Des besoins que les abeilles sont capables d'aller chercher dans un rayon allant "jusqu'à trois kilomètres de la ruche. Le volume récolté dépend de plusieurs facteurs. Des colonies d'abeilles feront 0 dans l'année et d'autres 45 ou 50 kg". La pluie, le froid, le vent qui sèche les fleurs et empêche les abeilles de se poser, jouent avec la production. En juillet, c'est donc la surprise à chaque ouverture des caisses en bois.

Le travail de Julien Belin ne s'arrête ni à la transhumance des ruches, ni à la récolte du miel. "Je fais de l'élevage de reines également." Combinaison et voile de protection sur la tête, le passionné retire délicatement un cadre de ruche et montre : "Là, il y a des larves et ici, c'est la reine, la précieuse. Elle a un abdomen très développé et est reconnaissable grâce à la marque verte sur le dos. C'est une machine qui peut pondre jusqu'à 2 000 œufs par jour." L'objectif de cet élevage ? Créer de nouvelles colonies et pallier les mortalités de l'année. Un travail de patience et d'observation réalisé par étape, au fur et à mesure de la croissance de ces petites sociétés. Au total, l'exploitation élève effectivement 700 colonies de travailleuses.

En août et septembre, les ruches retrouvent enfin leur lieu d'hivernage en garrigue, autour de Bouillargues.

Un éventail de saveurs

L'ensemble des productions se retrouve à la boutique de la miellerie tous les jeudis après-midi et les autres jours sur appel préalable. L'apiculteur vend également sur les marchés de Nîmes Jean-Jaurès et de Marguerittes, ainsi qu'au Mas des agriculteurs.

Car il n'y a pas que le contact avec les abeilles que Julien Belin apprécie dans son métier : la rencontre avec les clients est également fondamentale. "Surtout quand ils disent qu'ils se sont régalés", lance-t-il dans un sourire. "Ce n'est pas ce que je pouvais avoir avec mon ancien métier." Entre 10 et 12 miels sont ainsi proposés chaque année, dont ceux de châtaignier, garrigue, lavande, bruyère blanche, montagne, Lozère, acacia, mais aussi du pollen et de la propolis.

Jenny Bernard •

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