Gard 31/10/2024
Partage

Forum autonomie

Entre déficit de moyens et d'image et professionnalisation ardue

Marguerittes a inauguré le premier des trois 'forums autonomie' du Gard. Ils ont été élaborés à partir des aspects pratiques soulevés par les bénéficiaires, sans occulter les questions sensibles, telles que la difficulté d'accès à l'aide à domicile et son financement.

Le premier 'forum autonomie', organisé par le Centre communal d'action sociale de Marguerittes, avec le soutien de la MSA du Languedoc, s'est tenu à Marguerittes (30) le 1er octobre dernier.

© Crédit photo : PN

C'est à Marguerittes que s'est tenu le premier des trois 'forums autonomie' organisés dans le Gard. Ce dont le maire, Rémi Nicolas, se félicite: "Cela fait de nombreuses années que le Centre communal d'action sociale s'implique dans la semaine bleue, je suis donc très heureux que nous accueillions la première édition de ce forum de l'autonomie, porté et principalement financé par la Mutualité sociale agricole."

Nathalie Boughambouz, directrice adjointe de la MSA du Languedoc, a pris la suite, pour expliquer la manière dont a été conçu ce cycle d'événements : "Nous avons voulu concevoir ces forums en partant des demandes, des intérêts, des questionnements des bénéficiaires de l'aide à domicile, dans les aspects pratiques et sur les questions sensibles, telles que la difficulté d'accès à l'aide à domicile".

Des délais qui peuvent avoisiner six mois

C'est précisément cette dernière question qui a été l'objet d'une table ronde animée par Virginie Nadal, responsable du développement social du territoire à la MSA du Languedoc.

Dans l'assistance d'une vingtaine de personnes, des responsables de structures employeuses d'aides à domicile, des représentants d'associations ou de centres communaux d'action sociale (CCAS), quelques parents de bénéficiaires aussi. Mais en revanche, aucun représentant des grands financeurs de l'aide à domicile, qui pourtant ont été conviés à cette table ronde. Il faut dire que dès le premier passage de micro dans l'assistance, la question des moyens est posée : "Est-ce que tout le monde est d'accord pour qu'on réclame qu'il y ait plus de monde pour instruire les dossiers, à la Maison départementale pour les personnes handicapées (MDPH) comme dans les caisses de retraite ?", demande une parente de bénéficiaire. "Il y a entre deux et trois mois de délai de traitement des dossiers."

Un murmure d'approbation parcourt aussitôt l'assistance. Un monsieur en fauteuil roulant, élu dans un CCAS voisin, renchérit. "Dans le cas des personnes en situation de handicap, le délai avoisine carrément les six mois. Et le nombre d'heures d'interventions alloué est presque systématiquement insuffisant, car la MDPH se repose avant tout sur les familles pour faire le travail." Une mère d'enfant handicapé abonde dans le même sens, s'étonne de ne pas pouvoir trouver une assistante sociale qui puisse la recevoir à la MDPH, et évoque le manque de capacité d'adaptation "au cas par cas".

Pas assez de personnel qualifié

La présidente de l'ADMR 'Les Hirondelles' prend à son tour la parole. Intermédiaire entre les familles demandeuses d'intervention et les institutions financeuses de l'action, elle est au cœur du réacteur. "Ces dossiers nécessitent un accompagnement, idéalement par un travailleur social qui n'est pas toujours présent dans les organismes. Mais l'autre difficulté que nous allons avoir, dans nos associations, quand nous voyons arriver un bénéficiaire avec son plan d'aide, c'est de parvenir à trouver une personne qui puisse répondre aux besoins. Nous avons beaucoup de demandes, et pas suffisamment de personnel qualifié pour y répondre."

Un propos qui ouvre précisément la porte à l'intervention de la sociologue Virginie Le Bris-Fontier. En presque 20 minutes (voir encadré), elle évoque les premiers résultats de l'enquête qu'elle mène actuellement dans l'Hérault. Et notamment le profond déficit d'image de l'aide à domicile, tel qu'il transparait dans la parole des professionnelles. Manque de reconnaissance et conditions de travail difficiles étant les deux principales difficultés évoquées lors des entretiens. La sociologue fait le lien entre ce déficit d'image, cette dévalorisation d'un métier pourtant de plus en plus demandé, et les difficultés de professionnalisation et d'acquisition de diplôme ou de valorisation des acquis de l'expérience.

Comme tout bon compte rendu d'une enquête sociologique, l'intervention de Virginie Le Bris-Fontier provoque de nombreuses réactions dans l'assistance, et la reprise d'un débat passionné. Une fois encore, la question des moyens alloués aux dispositifs d'aide à domicile revient sur le tapis, qu'il s'agisse des salaires "en dessous du Smic" comme des montants de l'indemnisation de déplacement bien inférieurs au tarif fiscal, ou du manque de personnel accompagnant pour la mise en place et l'évaluation des dossiers.

De nombreuses questions restent ouvertes pour des professions en devenir ; car comme le rappelle Régis Garcia, chargé de diagnostic sur les dispositifs de médiation familiale et les espaces de rencontres pour la MSA du Languedoc, "les demandes d'Aides personnalisées à l'autonomie (APA) ont grimpé de 43 % en 2023". 

Pierre Nicolas, CLP •

Virginie Le Bris-Fontier, enseignante chercheuse en sociologie à l'université de Bretagne Sud

Déficit d'image, professionnalisation complexe

Virginie Le Bris-Fontier, enseignante chercheuse en sociologie de l'Université de Bretagne Sud, est venue rendre compte de son étude sur les pratiques des professionnelles des aides à domicile de l'Hérault.

© Crédit photo : Pierre Nicolas, CLP

L'étude menée par Virginie Le Bris-Fontier, enseignante chercheuse en sociologie à l'université de Bretagne Sud, porte sur les pratiques professionnelles des aides à domicile de l'Hérault. Elle s'appuie sur une enquête par questionnaire auprès de ces personnes - toutes des femmes - et sur une série d'entretiens auprès d'acteurs du secteur.

La sociologue évoque deux thématiques parmi toutes celles qui ont émergé durant cette étude : le manque de reconnaissance sociale d'un métier d'utilité sociale et sa difficile professionnalisation par la formation continue.

"Les aides à domicile ont un rapport positif à leur métier : 80 % aiment leur travail et le trouvent utile. 57 % déclarent 'ce que je fais dans mon travail me convient', 16 % considérant même que cela contribue à leur épanouissement. Très peu se disent insatisfaites ou contrariées", explique la sociologue.

Pourtant, il y a aussi de nombreuses choses qu'elles n'aiment pas : "Le manque de reconnaissance, tout d'abord, qu'elles expriment en disant être prises 'pour la bonne ou la femme de ménage', ou être considérée comme une moins que rien par certains bénéficiaires." L'autre point noir exprimé par les professionnelles : les conditions de travail, avec les remplacements de dernière minute, les frais de transport matin et soir non remboursés, les horaires discontinus et les conditions salariales insuffisantes.

Des compétences invisibilisées

D'après Virginie Le Bris-Fontier, ce vécu négatif des professionnelles s'explique par le déficit d'image de ce qui est perçu comme un "sale boulot". Rattaché à la sphère domestique, il est donc lié à des activités estimées comme "banales", ne nécessitant pas de compétences.

Par ailleurs, cette profession est considérée comme "naturellement féminine", ce qui contribue également à invisibiliser les compétences nécessaires pour exercer ces métiers : elles ne seraient pas des compétences, mais des "caractéristiques innées" des femmes.

Ce qui amène la sociologue à interroger le difficile processus de professionnalisation de ces métiers : "Les aides à domicile ont un faible niveau de formation initiale, une majorité ne sont pas diplômées. 52 % d'entre elles ne disposent pas de diplôme du domaine sanitaire et social. De plus, 70 % des aides à domicile ayant répondu à l'étude héraultaise ont déclaré ne pas avoir la possibilité de s'engager dans une formation, soit parce que l'employeur ne l'a pas proposé, soit parce qu'elle ne trouve pas de formation en adéquation. Enfin, seulement 2 % d'entre elles sont inscrites dans un processus de VAE, soit parce que l'employeur ne l'a pas proposé, soit parce que le processus est trop complexe."

PN •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Occitanie 05/06/2025

EMBAUCHER UN SALARIÉ

Combien ça coûte vraiment à...

L'embauche d'un salarié représente un investissement conséquent pour une entreprise. Au-delà du salaire brut affiché, les charges patronales augmentent significat...
Occitanie 03/03/2023

MAL-ÊTRE EN AGRICULTURE

La MSA du Languedoc intègre...

Dans sa recherche continue d'outils de prévention de la santé au travail et de développement dans le secteur agricole et rural, la MSA du Languedoc a contribué, t...
PACA, Occitanie 01/04/2026

LOGEMENT AGRICOLE

Des aides fiscales méconnue...

Face à la complexité des règles (Codes du travail, de l'environnement, rural, de l'urbanisme...), 33% des employeurs agricoles peinent à loger leurs saisonniers....

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

10/05/2023
@EPVarois fait le point sur les tendances et enjeux du marché foncier agricole varois avec le nouveau directeur départemental de la #SAFER Paca et le président du comité technique. https://t.co/qAljvKlzlO
https://t.co/qAljvKlzlO
28/04/2023
[A LA #UNE 📰]@AgriProv👇La Coopération Agricole Sud acte sa fusion avec les caves coopératives du 13 et du 83 ! 🍷, #eau 💧Appel à la sobriété, Groupama Méditerranée maintien le cap, un dossier #travaildusol et en📸 cap sur la grenade avec le projet de Frédéric Chabert sur Arles https://t.co/Vf3e5Z07t0
https://t.co/Vf3e5Z07t0
06/06/2023
🗞️Tradition, consommation et vigilance @VigneronsCoop 🍷-💧Extension du réseau hydraulique 'Colline des Costières' @BRLGroupe @Occitanie - 🐴Le festival Prom'Aude - Fusion @_Ctifl et La Tapy #expé - 🌡️Aléas #climat : solutions et prospectives - 📸Guillaume Chirat, maître #pâtes https://t.co/9XDBtwaWsl
https://t.co/9XDBtwaWsl

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...