Occitanie 30/04/2025
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Œnologues de France

Équilibrer les vins grâce à des sols fertiles

Quel avenir pour le vignoble de l'ex-Languedoc-Roussillon ? À l'automne dernier, l'Union des œnologues de France posait des constats difficiles, ne gâchant toutefois en rien l'espérance d'un avenir qui reste à écrire. Le sol, sa vie et sa capacité à retenir l'eau sont dans la robe de tous les grands vins de demain.

Pour le vigneron-négociant Gérard Bertrand, "la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est aujourd'hui un facteur clé de la négociation commerciale, sans oublier l'innovation qui offre encore de grandes possibilités".

© Crédit photo : AL

Quel état des lieux pour la filière viticole ? À l'automne dernier, à Narbonne, l'Union des œnologues de France a ouvert le débat, posant des conclusions qui résonnent toujours autant. Si la viticulture traverse des moments délicats, n'en reste pas moins des opportunités vives et réalistes, loin de l'ambiance défaitiste qui peut régner par endroit. "On entend les discours des marchands de fin du monde dans lesquels notre région viticole serait vouée à l'échec, et que les œnologues n'ont qu'à chercher du travail ailleurs. Sachez que je suis en profond désaccord avec cela, tant sur le plan philosophique que technique", introduit Matthieu Dubernet, directeur du laboratoire Dubernet, qui n'y va pas par quatre chemins quand il s'agit de défendre son métier et sa vision des choses. Ses analyses sont claires. Avec une diminution de la richesse minérale des plantes et une baisse de fertilité des sols - dont le taux de matière organique est trop bas -, "si nous voulons agir sur les équilibres de nos vins, nous devons agir sur ces questions de fertilité".

Plusieurs pistes permettent de considérer un sol : d'un côté, il faut y voir un substrat qui accueille plantes et intrants, et de l'autre, y déceler un organisme vivant, qui renferme plus de 59 % de la biologie terrestre. "Si nous voulons travailler en agroécologie, le sol s'impose à nous comme primordial", ajoute le directeur. Au cours des 25 dernières années, la matière organique des sols de la région a diminué de 1 %. Un pourcentage faible sur le papier, mais qui équivaut à quelque 24 millions de tonnes de CO2, valorisées sur le marché du carbone à plus d'un milliard d'euros...

"Si nous voulons agir sur les équilibres de nos vins, nous devons agir sur ces questions de fertilité"

De l'argent oui, mais également de l'eau, le sol étant un réservoir colossal. "Perdre 1 % de matière organique, c'est perdre 15 millimètres de réserve utile et à l'échelle de la région, c'est plus de 45 millions de m3", illustre Matthieu Dubernet. Une eau qui joue un rôle majeur pour les plantes, mais également pour tous les êtres vivants au sein d'une parcelle de vigne. Champignons, bactéries, protistes...

Répondre à la crise actuelle donc, c'est comprendre les interactions qui y règnent pour favoriser celles qui seront bénéfiques pour le sol et pour le vin.

Au champ comme à la ville

Pour certains, l'eau manque et se fait rare. Pour d'autres, la quantité d'eau présente sur la planète est constante. Où est donc le problème ? "Il n'y a pas de consommation d'eau. Il y a un emprunt, un re-largage sous d'autres formes, mais pas de consommation à proprement parler", explique Guillaume Duboin, directeur général de Montfaucon SAS et formé à l'Institut Agro Montpellier. Le dilemme repose ainsi sur la mesure des flux. Schéma à l'appui, sur les 486 milliards de m3 d'eau qui tombent en France sous forme de pluie, 70 % proviennent du territoire lui-même et seulement 30 % des océans. "Ce qui vient des océans est extrêmement important car sans cela, il n'y a pas de condensation, d'évapotranspiration, ni de création de nuages et donc pas de pluie."

Il s'agit toutefois du fonctionnement normal lorsque le système environnemental est à l'équilibre. Mais actuellement, sur ces 486 Mds de m3, les activités humaines en prélèvent 2,5 %, soit 12 Mds. Sur cette part infime, l'agriculture représente 46 %, les activités industrielles 20 % et les activités humaines 34 %. L'état des sols est en revanche plus préoccupant.

"Un grand travail doit être mené dans les collectivités. Ce sera indispensable pour gérer l'eau et les températures"

"Le plan Marshall et l'arrivée des tracteurs ont eu comme conséquence l'artificialisation des sols", énonce l'ingénieur agronome. Sous la pression du poids et du travail en profondeur, le sol subit une oxygénation de la matière organique qui s'en va ensuite sous forme de CO2 dans l'atmosphère. Cette diminution de matière organique engendre une perte de ration alimentaire pour les micro-organismes du sol, mais aussi une mauvaise infiltration de l'eau, qui ruisselle et retrouve son exutoire naturel : la rivière. "Toutes nos actions humaines depuis l'après-guerre amènent à ce que l'eau reparte le plus vite à la mer", reprend l'ingénieur. En matière d'eau donc, il faut répartir, stocker, ralentir et permettre l'infiltration, en évitant de la laisser filer vers le large.

La végétalisation a son rôle à jouer, mais pas uniquement dans le milieu agricole. Le milieu urbain est également concerné. Trottoirs, bâtiments, espaces publics... "un grand travail doit être mené dans les collectivités. Ce sera indispensable pour gérer l'eau et les températures", prévient l'ingénieur agronome. "Nos villes sont de véritables entonnoirs, car toute l'eau se concentre vers les égouts et est acheminée le plus vite possible vers la mer." Prenant l'exemple des inondations de 1999 dans l'Aude, ce dernier juge que "l'urbanisme et l'agriculture doivent fonctionner ensemble".

Aujourd'hui plus que jamais, les plantes, en ville comme dans les champs, permettraient d'une part d'améliorer la gestion de l'eau dans des endroits fortement artificialisés, et d'autre part, de rendre les sols vivants, et plus résilients face au manque d'eau.

L'âme occitane

"En s'appuyant sur la science et la chimie, on a assisté à une forme de standardisation, avec des sols chargés de certaines matières et malheureusement, le retour de balancier que l'on connaît", admet Gérard Bertrand, vigneron-négociant du groupe viticole éponyme. "Sans sol vivant, il n'y a pas de grands vins", se plaît-il à ajouter.

Avec plus de 150 pays qui produisent du vin, la compétition s'est globalisée, d'où la nécessité de faire des vins singuliers et qualitatifs. Pour cela, le sol peut jouer un rôle. En révéler tout le vivant demande néanmoins de l'expérience et du temps, là où le métier n'en laisse que peu. Même si les défis sont multiples, ils n'en restent pas moins des opportunités à ne pas négliger, notamment sur la possibilité d'innover. "Nous ne devons pas nous ressembler les uns les autres, mais il faut arriver, collectivement, à magnifier l'âme de notre région", commente le négociant en guise de conclusion.

Anthony Loehr •

ZOOM sur...-

Vinalies, le concours des Œnologues de France

QR Code le palmarès 2025  https://www.vinalies-nationales.fr/fr/resultats/palmares

© Crédit photo : Yanick Simao

L'Union des œnologues de France se positionne en acteur clé de la valorisation des vins. Créé il y a plus de 40 ans, le concours des Vinalies est devenu une référence incontournable pour les amateurs et professionnels du vin, offrant une re- connaissance précieuse aux producteurs. Les médailles obtenues lors de ce concours deviennent alors un symbole de confiance, indiquant aux consommateurs que chaque bouteille est le fruit d'un savoir-faire reconnu et célébré.

Pour découvrir le palmarès 2025 :

Anthony Loehr •

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