France 26/08/2022
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Tarascon

La passion est toujours là

Jean-Paul Blanc fait partie des quelques passionnés qui ont entrepris, il y a une trentaine d'années, de sauver l'Âne de Provence, menacé de disparaître. Aujourd'hui, si le renouvellement des effectifs de la race est faible, du côté de Tarascon la passion est toujours là.

Avec l'association 'Les ânes d'Édouard' qu'il continue de s'occuper, Jean-Paul Blanc a une vingtaine d'ânes à sa charge.

© Crédit photo : ED

Présent dans la région depuis des siècles, il a travaillé avec les hommes qui pouvaient compter sur ses solides aptitudes de porteur de charges. Particulièrement charpenté, l'âne de Provence a été un acteur essentiel de la transhumance des moutons en portant, grâce à des bâts adaptés, le matériel et la nourriture des bergers, le sel pour les brebis et même les agneaux nés en chemin. À la fin du XIXe siècle, on comptait 13 000 ânes dans le sud de la France. Avec la modernisation des transports et l'évolution des méthodes agraires, l'âne de Provence est peu à peu tombé en déshérence. En 1993, on n'en comptait plus que 330. La race était alors menacée. Mais une poignée de bénévoles passionnés décide alors de sauver la race de sa disparition pure et simple. Jean-Paul Blanc est l'un d'entre eux. Et, à bientôt 80 ans aujourd'hui, il s'évertue toujours à sauvegarder l'âne de Provence.

Cet ancien professeur de mathématiques et de sciences, retraité depuis 20 ans, s'est découvert un attrait pour l'animal lorsqu'avec son épouse il fait l'acquisition d'un terrain à l'abandon, du côté de Tarascon. Mais le monde agricole l'a toujours intéressé et sa curiosité est très vite sensibilisée par les activités de son nouveau voisin, Édouard Vaschetti, passionné d'équins et de cette race originaire d'Afrique bien spécifique.

Reconnaissance en 1995

Ensemble et avec un petit groupe d'amateurs, ils créent l'association de l'Âne de Provence, qui demande la reconnaissance de la race qui n'existait pas à l'époque. Après l'Âne du Poitou et celle du Grand noir du Berry, l'association obtient enfin la reconnaissance officielle de l'Âne de Provence, en 1995.

Depuis, en collaboration avec l'Institut français du cheval et de l'équitation et du Haras d'Uzès, la petite association s'efforce de sauver la race de l'extinction. Grâce à ces passionnés, les effectifs sont montés à environ 1 000 bêtes. Les élevages sont concentrés dans le berceau de la race, en région Paca, Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon. Mais on comptabilise de nombreux ânes de Provence un peu partout en Europe. En 2002, la reconnaissance officielle de l'association nationale de la race par le ministère de l'Agriculture donne un nouvel élan.

Les deux compères ont aussi créé, en 1996, l'association 'Les ânes d'Édouard'. Elle rassemble un petit groupe de bénévoles qui, en plus d'élever les ânes, participe à diverses manifestations pour promouvoir la race. Durant des années, ils écument les fêtes, défilés, spectacles et animations organisées autour du patrimoine et des traditions locales, dans les villes et villages de Provence.

Les occasions pour emmener leurs ânes à la rencontre des Provençaux, expliquer l'origine de la race, l'histoire et l'utilité de ces animaux sont nombreuses. Les manifestations - comme Cheval passion ou, plus récemment, le Salon des agricultures de Provence - permettent aussi à Jean-Paul de communiquer plus largement et de faire vivre sa passion.

Des naissances à la baisse

Malgré la disparition d'Édouard il y a quelques années, Jean-Paul poursuit - avec son épouse à ses côtés et quelques bénévoles - le travail de son ami avec cette petite structure. Les effectifs que gère l'association sont bas actuellement, une vingtaine de bêtes environ, dont Jean-Paul est propriétaire pour la grosse majorité. "Il faut dire que le Covid a écarté beaucoup de gens dans toutes les associations et mis un sérieux coup aux festivités en tous genres. Et même depuis cette année, les sorties se font rares", rapporte Jean-Paul. La fête du printemps à Saint-Martin-de-Crau et le Salon des agricultures de Provence sont, pour l'heure, les seuls évènements où la petite troupe de Jean-Paul s'est déplacée. Comme il l'explique, la crise économique qui sévit alors a changé la donne. "Jusqu'en 2010, l'association faisait naître, en moyenne, une dizaine d'ânons chaque année. Nous n'avions jamais assez d'animaux pour répondre à la demande des particuliers. Mais cette année-là nous n'avons rien vendu."

Les saillies ont alors sensiblement été réduites, puis suspendues en 2013. L'éleveur appréhende depuis de reprendre. "Faire naître les ânes sans avoir un débouché clair est très difficile. Il faut nourrir les bêtes, les vacciner, les entretenir... Tout cela coûte de plus en plus cher", reconnaît Jean-Paul Blanc.

Il a toujours un baudet agréé pour reproduire la race Provence, ainsi que plusieurs femelles - agréées elles aussi - mais tout ce petit monde est en semi retraite aujourd'hui.

"Je n'ai pas encore accepté de faire partir les bêtes à la boucherie. On les a élevées et elles nous ont rendu service toutes leur vie." Tant qu'elles peuvent avoir une vie heureuse, elles finissent donc leurs vieux jours sur les terres de Jean-Paul.

La question de la relève, ce passionné se la pose déjà depuis quelques temps. Ce n'est pas faute de sensibiliser les plus jeunes autour de lui. Mais si le devenir de l'association ne l'inquiète pas trop, c'est surtout celui de l'Âne de Provence qui le préoccupe. En effet, la population des éleveurs est vieillissante, et on estime qu'il y a environ 1 300 ânes de Provence en France et au-delà. Sauf que les naissances se font rares...

La Provence est le berceau de la race, mais on retrouve des antennes d'élevages et des passionnés partout. Des structures reconnues officiellement continuent de faire perdurer la race, mais elles rencontrent également le même vieillissement. Pour qu'une bête soit reconnue au livre généalogique de l'Âne de Provence, celle-ci doit être confirmée à partir de l'âge de trois ans devant une commission. "Des démarches administratives que beaucoup d'éleveurs font de moins en moins. Et bon nombre d'ânons, avec des parents pourtant reconnus, perdent l'étiquette 'Provence' et deviennent de ce fait ânes communs", explique Jean-Paul. 18 naissances agrées d'ânes de Provence seulement ont été recensées il y a deux ans pour l'ensemble de la race. Mais chez Jean-Paul, au grand dam de son épouse Blanche, la passion est intacte. Tant qu'il le pourra, il continuera de porter haut les couleurs de l'Âne de Provence.

Emmanuel Delarue •

LE SAVIEZ-VOUS ?

Les ânes d'Édouard en bref

L'association a été créé en 1996

Elle est présidée aujour- d'hui par Jean-Paul Blanc

Elle rassemble actuellement une douzaine de bénévoles

Elle se consacre toujours à l'élevage et à la promotion de la race dans tout le département

ICI
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