Trets
Après des années de déclin, le Domaine de l'Anticaille, à Trets, a retrouvé de la vigueur, et ses vins une place sur les grandes tables de la région. Un retour dû à l'obstination de Frédéric Féraud, représentant la 5e génération, et que rien ne prédestinait à devenir vigneron.
Frédéric Féraud, Chateau Anticaille
© Crédit photo : JD
En terme footballistique ou sportif, on parlerait de "remontada". Frédéric Féraud, le propriétaire du Domaine de l'Anticaille préfère évoquer "des années d'efforts finalement récompensées". Une chose est sûre, il est l'artisan de la renaissance de ce domaine, dans la même famille depuis cinq générations, mais qui a bien failli en sortir, au début des années 2010, faute d'investissements, de suivi et d'entretien... Au départ, à la fin du XIXe siècle, il n'est pas encore question de vins mais plutôt de céréales, d'arboriculture (pomme, poire) et un peu d'élevage ovin qui se transmet tel quel de générations en générations, jusqu'au gel de 1956, qui rebat les cartes et incite la famille Féraud à miser plutôt sur la vigne. Une passion qui se transmettra d'héritiers en héritiers, jusqu'au père de Frédéric Féraud qui décide, en 2011, de racheter les parts de ses frères et sœurs et de reprendre en main un domaine déjà fortement sur le déclin. "L'année suivante, mon père s'est posé la question de l'avenir du domaine et nous a interrogés, mon frère, ma sœur et moi-même pour savoir si l'un de ses enfants était intéressé par sa reprise." Juriste, comme le reste de la fratrie, Frédéric Féraud est le seul à faire acte de candidature. "Je savais que le challenge était particulièrement compliqué : les 30 hectares de vignoble avaient été plantés dans les années 1950-1960 et comportaient énormément de manquants, à quoi s'ajoutait du matériel obsolète en cave et une production réduite, dont la commercialisation couvrait à peine les charges d'exploitation. Mais j'avais un attachement viscéral à ce domaine", résume le vigneron qui ne réalise peut-être pas totalement, à l'époque, l'ampleur de la tâche.
Quoi qu'il en soit, il s'attelle au travail d'arrache-pied, avec comme premier objectif de restructurer le vignoble et d'y installer l'irrigation goutte-à-goutte sur tout le parcellaire. Profitant d'un Plan collectif de restructuration, il arrache et replante entre six à huit hectares par an à partir de 2013 et jusqu'en 2016. "L'enjeu, c'était alors de retrouver un volume de production cohérent avec le potentiel d'un domaine de 30 hectares" précise le vigneron qui apprend le métier "sur le tas", écoute, questionne et se renseigne auprès de l'œnologue conseil du domaine et au fil des vinifications et des travaux dans les vignes. "Je ne me serais peut-être pas lancé dans cette aventure si j'avais eu conscience de tous les chantiers à mener" s'amuse aujourd'hui Frédéric Féraud, en égrenant les travaux urgent à mener à l'époque : "La toiture de la cave était soutenue par des étais et menaçait de s'effondrer. Le matériel de vinification était obsolète... Il a fallu définir les priorités" note-t-il. Autant d'investissements lourds qu'il planifie et hiérarchise : "Nous disposions de plusieurs cuves béton, que nous avons équipées de ceintures de froid et de drapeaux. Nous avons dans un second temps acheté des cuves inox, au fil de l'eau et des rentrées d'argent, installé un groupe froid". En parallèle, Frédéric Féraud fait l'acquisition d'un premier pressoir inerté à l'azote...puis un second, pour faire face à l'augmentation progressive des volumes récoltés, au fur et à mesure de l'entrée en production des nouvelles plantations. Des circuits de distribution (quasi inexistants lors de son installation) sont créés, au fur et à mesure que les volumes vendus en vrac ou portés à la coopérative de Trets diminuent. "L'enjeu, c'était d'abord de créer de la valeur ajoutée" rappelle le vigneron qui prospecte dans plusieurs directions : le réseau des CHR (cafés/hôtels/restaurants) et celui des cavistes et l'export dans un second temps. Avec des déconvenues, dont il s'amuse aujourd'hui, à l'image de son premier salon BtoB, à New York, où il part en 2019 avec l'ambition d'y dénicher un exportateur. "J'étais entouré par des stands de grands domaines des Côtes de Provence qui ne désemplissaient pas, contrairement à moi..." se souvient-il. Douze ans plus tard, la donne a changé : "Nous exportons désormais vers le Benelux (Luxembourg, Belgique), l'Allemagne et les USA (Floride, Oregon, Washington DC)".
Sur le plan cultural, le domaine est certifié HVE Niveau 3 (Haute valeur environnementale) : un choix surprenant, dans l'aire d'appellation Côtes de Provence Sainte-Victoire, où une grande majorité de domaines et de caves coopératives ont basculé collectivement vers la bio, depuis quelques années. "Nous nous inspirons des pratiques utilisées en bio, mais je souhaite me garder la possibilité de traiter avec des produits de synthèse en cas d'attaques sévères de mildiou. Nous ne sommes pas en mesure de risquer une perte de récolte sévère" tranche le vigneron, qui a subi un épisode de gel majeur au printemps dernier, avec 60 % de la récolte impactée. "Je pensais y échapper, après une dizaine d'années sans aléas climatiques. Je me félicitais même de ne pas avoir souscrit d'assurance récolte pendant toutes ces années. Je me rends compte rétrospectivement, que c'était une erreur qui me coûte cher."
Pour autant, "les années de galère sont derrière, maintenant" partage Frédéric Féraud, qui estime la phase de redressement du Domaine de l'Anticaille achevée, "après dix ans à assainir les comptes, et même si tout reste encore fragile". Une renaissance qu'il dédie à son grand-père, dont il était très proche : "Je crois qu'il en serait très fier".
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