HOMMAGE
Jean Roger s'est éteint le 1er février dernier. Figure centrale du syndicalisme roussillonnais, il a longtemps occupé le devant de la scène viticole, défendant sans concession le collectif et la profession. À partir des témoignages de ses proches, de ses compagnons de route et de sa famille, cet hommage retrace le parcours d'un homme de convictions, dont l'engagement a durablement marqué la viticulture du territoire.
"Jean Roger était un de ces soldats de l'ombre qui, dans la lumière, sont capables de mettre tout le monde d'accord", témoigne Gérard Majoral, président de l'association Joseph Sauvy
© Crédit photo : Famille Roger
Dans une époque actuelle souvent centrée sur le paraître, Jean Roger laisse l'image rare d'un homme authentique qui n'avait pas besoin d'être quelqu'un d'autre que celui qu'il était. Et cela se voyait tout de suite.
Né le 25 octobre 1948 à Trouillas, enfant de vignerons, Jean Roger avait, dans la voix et dans le verbe, une façon bien à lui d'aller droit au but. Il n'aimait pas les postures. Il n'aimait pas "les péteux", comme il disait, ceux qui font du bruit quand il faudrait du courage. Ni l'argent ni les honneurs ne l'intéressaient. Ce qui comptait, c'était la confiance, la parole donnée, et l'équipe. Car la vie et la vigne lui avaient appris cette vérité simple : on ne tient pas seul. Pour Jean, le collectif n'était pas un slogan, c'était une manière d'être.
En 1972, à Bourges (19), il rencontre Chantal. Elle travaille comme secrétaire et, pour arrondir ses fins de mois, dans un bar musical, Le Canari. C'est là qu'ils font connaissance. Elle se souvient : "Nous nous sommes rencontrés un peu après la fête des mères. Tout le monde avait l'air de le connaître, sauf moi. Il aimait la vie et ça m'a tout de suite plu." Très vite, il lui parle de Trouillas, de la vigne, d'une vie à construire là-bas. Son amoureuse le suit. Jean trouve alors naturellement sa place auprès de Thierry, le fils de Chantal, qu'il élève. Avec le temps, il devient son père, et finit par l'adopter.
Chantal et Jean se marient à Trouillas le 13 novembre 1982. Quelques années plus tard, de 1986 à 1991, ils s'engagent ensemble comme vignerons indépendants à Pierre d'Aspres, aux côtés de la famille Marty.
Président de la coopérative locale, c'est dans le syndicalisme qu'il prend toute sa dimension. Élu président du syndicat des vignerons en juillet 1995, à l'unanimité, puis reconduit jusqu'à sa retraite en 2006, il a occupé le devant de la scène viticole pendant une décennie marquée par de fortes tensions et des lignes mouvantes. "Le Syndicat des vignerons du Roussillon avait une singularité que beaucoup nous enviaient", explique Serge Guillet, directeur de 1995 à 2022. Pas structuré par produit ou par métier. Non, il portait les sujets transversaux et rassemblait. "Dans cette architecture collective, le président n'était pas seulement un représentant : il devenait, de fait, la voix de la viticulture", précise-t-il.
À la Maison des vignerons, tous les présidents se retrouvaient. "Les intérêts divergeaient parfois, mais on cherchait d'abord à arbitrer à l'intérieur", souligne Jean-Luc Pujol, vigneron à Fourques et ancien syndicaliste viticole. "Jean Roger a joué un rôle essentiel dans cet équilibre. Il a été un liant. Il a contribué à faire tenir cette unité rare, cette capacité à se disputer sans se détruire", ajoute-t-il. "Sur les sujets transversaux, Jean Roger était 'le' président", résume Serge Guillet. Le directeur se souvient en souriant de son arrivée de Paris, à l'automne 1995. L'une des premières consignes de Jean avait été simple et claire : "Change l'immatriculation de 75 à 66". Ici, on appartient.
Entre l'élu et l'administratif, une relation de confiance s'installe. Serge bâtissait les dossiers, Jean tranchait. Sans confusion des rôles, sans ego. "Quand il donnait sa confiance, c'était jusqu'au bout", conclut-il.
Selon ses amis, Jean Roger était "franc", "direct", "libre". Il aimait l'action. Pas pour l'action, mais par nécessité. "Il pouvait interpeller un préfet sans détour", se souvient, amusé, Jean-Luc Pujol. Jean assumait le rapport de force, certain qu'il existe des moments où reculer, c'est affaiblir le collectif.
Jean-Luc Pujol se souvient de leur complicité : lui expliquait les dossiers techniques, Jean "montait au carton". C'était l'époque d'un syndicalisme vivace dans le Midi, de réunions tardives, d'actions parfois illicites, de nuits où l'on ne discutait pas pour discuter. "On ne réfléchissait pas aux conséquences. On est même passé au tribunal, mais on l'assumait. Pas pour la gloire, pas pour nous, mais pour le collectif", témoigne Jean-Luc Pujol. Dans cette phrase se lit l'un des traits qui rend Jean Roger admirable : la noblesse de l'engagement tient souvent à son désintéressement. Pour Gérard Majoral, président de l'association Joseph Sauvy, "Jean Roger était un de ces soldats de l'ombre qui, dans la lumière, sont capables de mettre tout le monde d'accord."
À une époque, Jean a siégé à l'Office national interprofessionnel des vins (Onivins), dans un monde très parisien, feutré. "Il y détonnait, non par provocation, mais parce qu'il restait identique, quel que soit le décor", se souvient Serge Guillet. Authentique en toutes circonstances. C'est peut-être là que se loge le cœur de son héritage : il ne changeait pas de visage selon la pièce. Il n'était pas "à l'image", il était au devoir.
Lors de ses obsèques, à Trouillas le 13 février, un drapeau bleu blanc rouge recouvrait son cercueil. Jean Roger était aussi ancien combattant. Il a servi 15 ans dans l'armée et combattu au Tchad en 1974.
Chantal se souvient de cette phrase qu'il disait à son médecin : "J'ai eu une belle vie." Il a vécu sans tricher. "Il s'est investi à fond dans tout ce qu'il a fait, donc ça l'a rendu heureux... Et moi j'ai été heureuse de partager sa vie." Jean Roger n'était pas un homme ordinaire. Il était un homme de valeurs. Un homme du collectif. Et dans un monde où beaucoup paraissent, Jean Roger, lui, était.
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