RESTRUCTURATION
Lancée le 22 avril dernier auprès des adhérents, l'enquête du Comité RQD pour permettre le recensement des intentions d'arrachages dévoile enfin ses conclusions. Renouvellement, adaptation au changement climatique, forte progression des cépages blancs... de quoi permettre à la filière de réfléchir dès à présent à sa stratégie d'avenir.
Cépage blanc, ruée vers l'or blanc
© Crédit photo : Gemini
"Avril était clairement le pire moment pour lancer une enquête auprès des vignerons", reconnaît Guilhem Vigroux, président du Comité RQD (Reconversion qualitative différée du vignoble). Et pourtant, sur les 3 444 adhérents interrogés, 2 734 ont répondu à l'appel dans l'ensemble des départements du bassin Languedoc-Roussillon, soit 79% de répondants. De quoi donner du poids aux conclusions tirées.
Plus de blanc que de noir. Sur trois ans, les viticulteurs du 6e Plan collectif de restructuration (PCR) déclarent vouloir planter 8 629 hectares de cépages blancs contre 6 849 ha de noirs, dont 3 328 ha de chardonnay. Lors du conseil de bassin, la présentation de l'enquête du Comité RQD a duré environ 20 minutes. Une durée rare, surtout pour un préfet de Région Occitanie, Fabrice Rigoulet-Roze, arrivé en fonction la veille du conseil. Preuve de l'impact que pourraient avoir ces résultats sur l'avenir du vignoble.
Parmi les cépages rouges, ni syrah, ni grenache ne sont inquiétés. Ils s'arracheraient en effet beaucoup (respectivement 1 079 ha et 609 ha), mais se replanteraient davantage, avec 1 640 ha et 1 281 ha d'intentions de plantation, restant des références pour le Languedoc-Roussillon.
D'autres, en revanche, décrochent. C'est notamment le cas du merlot, qui mène les intentions d'arrachage avec 1 143 ha pour 234 ha en replantation, uniquement "dans des plaines froides, humides et en bordure de cours d'eau", soit -909 ha en trois ans. Dans 16% des cas, c'est le manque de débouché qui est invoqué, dans 12%, le climat. "Et il ne va faire que décroître s'il n'y a pas de politique tarifaire différente", prévient le président. Le cabernet-sauvignon suit avec une variation de -499 ha, soit -60% d'intentions de plantation entre les PCR 5 et 6. Une forte chute qui s'accompagne d'un dépérissement important et d'une valorisation insuffisante. "Le négoce nous dit qu'on ne fait pas de bons cabernets-sauvignons. Mais pour faire de bons produits, il faut une bonne rémunération", rappelle Guilhem Vigroux, mettant la taille et le palissage fastidieux en parallèle des hausses vertigineuses des coûts de production ces dernières années. Le carignan noir a quant à lui perdu la moitié de sa surface régionale en dix ans, de 28 702 à 14 422 ha, avec une projection pour 2028 à 13 741 ha.
Deux cépages reviennent en revanche sur le devant de la scène, portés par l'adaptation au changement climatique et la dynamique du rosé : le cinsault (175 ha arrachés pour 1 077 ha plantés) et le grenache gris (21 ha arrachés contre 952 ha plantés) qui avaient "quasi disparu de notre encépagement".
Côté blancs, tout progresse, avec le chardonnay qui écrase le tableau : 3 328 ha d'intentions de plantation contre 500 ha à l'arrachage, soit +81% d'intentions de plantation entre les PCR 5 et 6. Sa surface régionale a pourtant déjà gagné près de 3 000 ha en dix ans quand merlot, carignan et cabernet reculaient.
Le Comité RQD présente un négoce resté "bouche bée" devant ces résultats, avec peu de réponses à apporter. Car la question n'est pas tant celle de la capacité à absorber des hectares, mais bien de la valorisation qui sera apportée à ces nouveaux volumes de chardonnay. Car si les 130 €/hl actuels présentent le cépage comme une belle opportunité, la réflexion ne peut être uniquement court-termiste, prévient Guilhem Vigroux : "On a besoin d'une stratégie, d'un échange avec le négoce", tout en gardant à l'esprit que le Languedoc n'est pas le seul producteur de blancs en France.
Et si le prix décroche vers 80 €/hl comme c'est le cas pour certains cépages actuellement, la parcelle, elle, est plantée pour 20 à 25 ans minimum. Deux voies s'ouvrent, que le Comité pose sans trancher : laisser faire, ou commencer à s'organiser.
"Souvent, on fait des constats de situation, et pendant ce temps on va dans le mur", observe Dominique Blanc, directeur du Comité RQD. L'enquête a ses limites : la certitude des intentions tombe de 59% sur la campagne 2026-2027 à 41% pour la prochaine, puis 20% en 2028-2029, et l'arrachage définitif rendra ces chiffres caducs d'ici la fin de l'année, prévient son président, ce qui nécessitera une mise à jour annuelle des statistiques. Le 7e PCR devrait par ailleurs demander les intentions d'arrachages dans cette même logique d'actualisation régulière.
La construction d'un outil de pilotage à partir des données récupérées continue de s'affiner, afin de permettre l'établissement d'une cartographie. Le Comité veut en effet descendre les données d'intentions de plantation à la commune, grâce à FranceAgriMer et aux douanes, et les superposer à l'enquête dégustation de Pays d'Oc IGP - "qui par sa politique de dégustation est capable de dire où se situent les meilleurs chardonnays ou merlots du bassin par exemple", expose le président -, ainsi qu'à une carte du changement climatique établie par des ingénieurs à partir de données du Giec.
Entre 2019 et 2028, les noirs perdraient quelque 43 000 ha quand les blancs en gagneraient près de 8 500, le rouge restant largement majoritaire. Prolongées jusqu'en 2050, les courbes sont "volontairement provocatrices", assume Guilhem Vigroux. Surtout parce qu'à ce jour, la situation mérite un travail conjoint de l'ensemble des acteurs : "On ne pas attendre d'être en surproduction pour prendre des décisions", rappelle-t-il.
"Le plus gros du travail commence", ajoute-t-il. Alors que l'an passé, la récolte sur le bassin s'est élevée à peine à neuf millions d'hectolitres et que les stocks n'ont jamais été si bas, le président du Comité est formel : il est question de travailler "tous ensemble dans l'optique de sauver la viticulture" sans quoi, cette dernière pourrait ne pas survivre.
POUR ÊTRE précis -
Dans 92% des cas l'arrachage est décidé en fonction du cycle de la vigne, soit son âge et son rendement. Cependant, celui-ci est souvent appuyé par d'autres raisons :
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