Saint-Martin-de-Crau
Thierry Nania cultive bien plus que des tomates. En 25 ans, ce pionnier du maraîchage bio a fait de son exploitation un véritable laboratoire d'innovations durables. Portrait d'un homme de terrain, à la fois enraciné et visionnaire.
Thierry Nania, Saint Martin de Crau, Thermitube, serre bioclimatique
© Crédit photo : ED
Dans ses serres installées au cœur de la Crau, Thierry Nania cultive des tomates comme d'autres écrivent des manifestes : avec exigence, intuition et une bonne dose d'audace. Cela fait plus de trois décennies qu'il a les mains dans la terre, et autant d'années qu'il interroge, expérimente et bouscule les pratiques. Un parcours qui débute pourtant dans les pas de son père, installé à Saint-Martin-de-Crau dans les années 1970. "J'ai repris l'exploitation familiale en 1992", raconte-t-il. "À l'époque, on faisait du sol, du hors-sol, du tunnel plastique, de la serre en verre... On a tout essayé."
Mais à l'aube des années 2000, le marché du maraîchage conventionnel devient plus tendu, les marges s'effritent, et la pression économique pousse à se réinventer. Thierry fait alors un virage décisif : il arrête le hors-sol et convertit l'exploitation au bio. "Ce n'était pas évident techniquement", se souvient-il. "Mais on sentait que ça bougeait. Il fallait y croire."
Croire, persévérer, inventer. Trois verbes qui résument bien la trajectoire du maraîcher. Une fois le cap du bio franchi, il s'attelle à diversifier ses cultures. Salades et fenouils l'hiver ; tomates, poivrons et concombres l'été. Il s'impose une rigueur agronomique irréprochable. Rotation stricte des cultures, soins attentifs apportés à la vie du sol, utilisation de composts et d'algues et intégration des auxiliaires, pour limiter les traitements. "Quand on a compris que le bio passait par une bonne gestion du climat, on a drastiquement réduit les traitements", résume-t-il.
Cette exigence paie. Le marché du bio, dopé par la demande allemande puis française, s'envole. Thierry Nania ne rate pas le coche. En 2009, avec d'autres producteurs de la région, il fonde 'MédiTerraBio', une structure collective qui s'associe au grossiste ProNatura pour promouvoir les légumes bio provençaux. L'objectif est de rendre visible leurs produits sur les marchés et de construire une marque identifiée. Mission accomplie. 'MédiTerraBio' devient un acteur reconnu du secteur.
Mais Thierry Nania ne s'endort jamais sur ses lauriers. En 2021, il cherche un moyen de gagner en précocité sans recourir au chauffage classique. L'occasion se présente sur le salon Tech&Bio, où il découvre la serre bioclimatique ThermiTube, conçue par Agrithermic. Le principe est ingénieux : il s'agit de tubes remplis d'eau positionnés aux pieds des cultures qui accumulent la chaleur solaire en journée pour la restituer la nuit. Aucun panneau solaire, aucun chauffage fossile. Un système sobre, mais diablement efficace.
Séduit, il lance des essais sur son exploitation, épaulé par le Groupe de recherche en agriculture biologique, l'Aprel et le Geres. Les résultats ne se font pas attendre1. Jusqu'à 15°C dans les serres quand il gèle dehors, un mois de précocité gagné, et 30 % de rendement en plus. Il a équipé cette année quatre hectares de serres avec ce système. "J'ai récolté mes premières tomates le 18 avril", sourit-il, preuve à l'appui.
Plus qu'un utilisateur, Thierry devient rapidement co-développeur. Il affine les longueurs de tubes, les systèmes de fermeture, échange avec les concepteurs pour améliorer les performances. "Je voulais une sécurité de hors gel précoce et je suis vraiment satisfait", confie-t-il.
Et l'homme voit déjà plus loin ! Déjà affranchi depuis longtemps des énergies fossiles, il planche sur un nouveau projet, celui d'installer une serre photovoltaïque de 1,8 hectare, clé en main, avec Reden Solar. Une structure neuve, performante, entièrement assurée, entretenue et sans charge d'investissement. "Difficile de trouver un meilleur ratio investissement/rendement", glisse-t-il, pragmatique.
Chez Thierry Nania, l'innovation ne chasse jamais les fondamentaux. Elle s'y greffe. Car au cœur de ses serres ultra-techniques, l'agronomie reste reine. Le maraîcher ne jure que par le sol vivant, les cycles naturels, l'intuition du terrain. Pas question de céder aux sirènes du 'tout technologique'. Ce qu'il cherche, c'est l'équilibre.
En Provence, Thierry Nania est devenu une voix qui compte dans le monde du bio. Ni donneur de leçons, ni militant tonitruant, mais un homme cohérent, qui fait ce qu'il dit et dit ce qu'il fait. Un agriculteur-entrepreneur qui inspire, parce qu'il est passé par les doutes, les ratés, les nuits blanches. Et parce qu'il continue, malgré le contexte difficile pour le bio, à tracer son sillon.
"Il faut avancer, toujours. S'adapter, mais rester fidèle à ses valeurs." C'est peut-être ça, la signature de Thierry Nania. Celle d'un maraîcher qui ne cultive pas seulement des légumes, mais aussi une certaine idée d'une agriculture exigeante, lucide, et résolument tournée vers l'avenir.
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