Le président des vins de Pays d’Oc, Jacques Gravegeal, devant le bâtiment en construction : 1 300 m2 à la dimension des 6 millions d’hectolitres de vins de Pays d’Oc.
Le mois dernier, le plan de filière Occitanie était présenté à Montpellier en conseil de bassin par Jacques Gravegeal, en tant que président d’InterSud (CIVL, CIVR et Inter Oc) ; il l’avait été la veille à Toulouse. “L’idée essentielle est d’inverser la tendance, pour un partage équitable de la valeur ajoutée”, explique le président des vins de Pays d’Oc. Toutes les forces vives de la région ont été appelées à se rassembler autour de la table, pour “agglomérer compétences et savoir”. Ce plan de filière avait été demandé par le président de la République, lors de son discours de Rungis, à la suite des Etats généraux de l’alimentation. Il a été élaboré sous l’égide du Cniv (qui rassemble les interprofessions AOP et IGP de France) et de FranceAgriMer, dont le conseil spécialisé vin est présidé par Jérôme Despey. L’un des points clés : répondre aux attentes des consommateurs, tout en favorisant la création de valeur. Du sociétal, de l’environnemental, qui ne seraient rien sans l’économique. En Occitanie, le préfet de région de l’époque, Pascal Mailhos, commandite à Jacques Gravegeal, pour l’ex-Languedoc-Roussillon, et Michel Defrancès, pour l’ex-Midi-Pyrénées, une déclinaison régionale. Ils souhaitent associer les métiers : Vignerons indépendants et Coop de France ; ainsi que la Chambre régionale d’agriculture, pour la partie R&D.
VCI et régulation
Quelles sont les grandes lignes de ce plan ? La première : la contractualisation. “C’est un élément clé de confiance entre l’amont et l’aval. 200 000 ha ont été perdus dans la région : ils se traduisent par une restriction sur les AOP, masquée par la progression sur les vins de Pays d’Oc.” Autosatisfaction pour la dénomination régionale, “mais cela ne suffit pas”. Le vignoble doit reconquérir des territoires, et “la volonté de l’aval de s’engager dans ce plan de filière montre qu’ils y croient”. Avec une durée minimale triennale, la contractualisation permettra des investissements au vignoble, en vinification, pour pérenniser des parts de marché. “Un engagement gagnant/gagnant amont/aval. L’essentiel pour la profession est que les aléas climatiques ne dictent plus la régulation du marché, par une perte de potentiel de production, qui se traduit par une perte de marché.”
Tirer les conclusions de 2017
2017 a été marquée “par une chute de la production colossale”. C’est la première fois que les sorties de chais dépassent la récolte, de 400 000 hl. “Nous avons dû déstocker. Heureusement que nous avions mis en place, il y a deux ans, le mécanisme de la VCI (ndlr : volume complémentaire individuel). Sans elle, la situation aurait pu être explosive. Et nous sommes bien placés pour le savoir : le gel de 1991 en Val de Loire nous a permis de récupérer une partie de leurs marchés, que nous avons conservée. Ces outils de régulation sont essentiels pour asseoir notre position commerciale, et maintenir la stabilité économique des exploitations, en cas de pertes de récolte.”
Pour répondre aux attentes du marché, les vins de Pays d’Oc se soucient également du renouvellement des générations, et ont voté, il y a deux ans, une ligne budgétaire de 1 000 euros/ha, qui vient s’ajouter - pour ceux qui s’engagent en vins de pays d’Oc - à l’aide pour les nouvelles plantations de la région Occitanie de 7 000 euros. Ce fonds est levé grâce à une cotisation supplémentaire de 0,04 euros/hl, soit un potentiel de 240 000 euros “que nous avons dédié à l’installation et l’innovation”.
Pour défendre leurs positions sur le marché, les vins de Pays d’Oc se mobilisent également contre les détournements de notoriété ; notamment face à ces vins aux apparences de Pays d’Oc vendus en GD, et qui se révèlent sous l’étiquette produits en Espagne. “Nous sommes mobilisés. La DGCCRF a fait son travail et relevé les infractions.” C’est au niveau du parquet que les dossiers s’enliseraient... ; mis à part un seul, instruit dans le Gard, suite à la mobilisation active du Syndicat des vignerons gardois.
Magali Sagnes
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