Gard
Éleveur passionné et président du syndicat des producteurs ovins du Gard, Pierrick Garmath perpétue, à Valleraugue, un savoir-faire ancestral, tout en s'adaptant aux défis contemporains de l'agriculture de montagne.
Le troupeau compte 480 bêtes, dont 400 mères, toutes de race Tarasconnaise native des Pyrénées. "C'est une race très rustique qui s'adapte bien à l'extérieur comme à l'intérieur, dans les bois comme dans les prés", explique Pierrick Gamarth.
© Crédit photo : VH
Étroite et sinueuse, la route grimpe en épingles jusqu'à la bergerie de Pierrick Garmath, perchée à 400 mètres d'altitude entre deux terrasses. "Manœuvrer est quelques fois difficile pour les 18 tonnes qui nous livrent. Mais on est habitué et on est bien ici ; on est tranquille", lance l'éleveur de 35 ans, fier de présenter ses terres familiales. L'exploitation porte l'histoire d'une transmission sur quatre générations, avec deux sites distincts : l'un de ce côté, à la Bécède, l'autre juste en face dans la vallée de Lasalle. Avec Pierrick, on comprend rapidement que son métier est avant tout une vocation. "Voyager, pour quoi faire ? Pour aller où ?", interroge-t-il avec un sourire. "Faire du sport, pas besoin : chaque jour, six heures de pâturage à accompagner les brebis là où elles doivent manger, c'est largement suffisant pour prendre l'air."
Installé depuis 2013, Pierrick a créé le Gaec de la Bécède, avec sa compagne Lucie Noël, originaire de Saône-et-Loire à Charolles, le pays du Charolais, et formée ensuite à l'Institut Agro à Montpellier. Son père Jean-Louis, aujourd'hui âgé de 68 ans et à la retraite, reste présent aux alentours. Le Gaec exploite 400 hec- tares, dont 300 en propriété - des terres majoritairement escarpées, caractéristiques du paysage cévenol. Le troupeau compte 480 bêtes, dont 400 mères, toutes de race Tarasconnaise native des Pyrénées. "C'est une race très rustique qui s'adapte bien à l'extérieur comme à l'intérieur, dans les bois comme dans les prés", explique l'éleveur avec fierté.
Depuis deux ans, l'exploitation participe à un programme de sélection. "Toutes les brebis sont fertilisées naturellement par des béliers qui viennent du centre de sélection avec une haute valeur génétique. Vendre des reproducteurs donne une bonne valeur ajoutée."
Les brebis attendent la tonte saisonnière. Malheureusement, il n'y a pas de débouché valable pour la laine, alors celle-ci est simplement incorporée comme matière organique.
La vie du troupeau suit le rythme des saisons. Pendant l'hiver, les brebis sortent l'après-midi pendant six heures. De novembre à mars, leur alimentation est composée à 90 % de châtaignes et de glands, caractéristique de cette région où la ressource fourragère est minime. L'été, les brebis sont menées à l'estive sur la vallée de la Dourbie. "Nous avons créé une coopérative d'estive avec un groupement de 12 éleveurs", explique Pierrick. "1 000 ha en pâturage, divisés en 4 territoires avec 4 bergers pour surveiller nos troupeaux." Ses brebis, marquées à la peinture, rejoignent celles de 2 autres éleveurs, formant un groupe de 1 100 têtes. "Elles montent là-haut entre le 10 et le 15 juin. Elles sont d'abord dans les fonds de vallée, puis sur les landes et les crêtes selon un parcours établi." Le pâturage dans les versants, situés entre 1 000 et 1 200 m d'altitude, permet aux animaux de bénéficier d'herbe fraîche pendant la saison chaude. À Valleraugue, le climat est encore méditerranéen et sec l'été, malgré des épisodes cévenols qui disparaissent dès que l'on passe L'Espérou.
L'agnelage a lieu en septembre. "Nous n'utilisons pas d'hormones, c'est très cher et le jeu n'en vaut pas la chandelle", précise-t-il. "Et je n'ai pas envie d'avoir quatre agneaux par brebis. Elles mettent naturellement bas des jumeaux une fois sur deux, c'est déjà suffisant." Pour déclencher naturellement les chaleurs, Pierrick adapte l'alimentation de ses bêtes, enrichie 15 jours avant la saillie.
La commercialisation des agneaux reflète une stratégie adaptée au territoire. "Nous n'avons pas de céréales car les terres sont escarpées. Difficile donc de 'finir les agneaux'", explique l'éleveur. Ils sont vendus "légers", à 20 kg, à des coopératives ou des engraisseurs qui les mènent à 38 ou 40 kg. "Je ne dépends pas d'un seul client et je vends au meilleur offrant. Je suis libre." Environ 60 % de la production part à l'engraissement et le reste est vendu en direct à quelques clients fidèles. Les agneaux sont abattus au Vigan, où Pierrick est simple coopérateur et pas tâcheron ; "l'abattoir est à l'équilibre. C'est un beau projet."
Si l'élevage ovin constitue le cœur de son activité, Pierrick s'est également diversifié. Dès son installation, il a ajouté 1 ha d'oignons doux des Cévennes, culture à haute valeur ajoutée, emblématique de la région. "C'est une culture très exigeante. Il lui faut de l'eau, mais pas trop, et tout est fait à la main", détaille-t-il. Semis en pépinières, plantation en février, puis arrachage et repiquage pour une récolte vers le 10-15 août. Et une "commercialisation avec la Coopérative des oignons doux des Cévennes qui fonctionne bien".
Au-delà de l'exploitation, Pierrick s'implique fortement dans la défense de sa profession. Président du syndicat ovin du Gard, il travaille avec deux collègues sur un projet de marque qui devrait voir le jour en 2025. Il participe activement aux discussions avec le Parc national des Cévennes, notamment sur la question sensible de l'écobuage. Une pratique "utile pour éliminer le chêne vert qui monte de plus en plus haut", défend-il. "Cela nous permet de garder des milieux ouverts, de supprimer les ronces et les genêts. Les brebis ne sont pas des débroussailleuses. Tout ce qui brûle l'hiver ne brûle pas l'été et la biodiversité est conservée." L'enjeu dépasse largement son exploitation : "Il faut qu'on puisse travailler dans les Cévennes. L'agriculture est la première économie des vallées. Elle engendre le tourisme, les maisons qui se vendent, les gens qui habitent sur place. Supprimer l'agriculture, c'est conduire les Cévennes à devenir une grande friche où personne ne viendra plus."
Une autre menace pèse sur les producteurs ovins : le retour du loup. "Nous avons eu deux attaques en montagne l'été dernier pendant la période d'estive." Pour l'instant, il n'a pas attaqué le troupeau de la Bécède, mais "l'inquiétude est grande, avec une population en très forte augmentation et deux meutes établies, dont une sur le massif de l'Aigoual". Pour Pierrick, "la cohabitation sera impossible".
Avec son épouse, ils sont heureux aujourd'hui de faire vivre une agriculture en Cévennes et d'offrir un énorme terrain de jeux à leurs enfants. "S'il y avait le loup, nous ne serions pas tranquilles de les laisser jouer dehors !"
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