partage de l'eau
Engagés dans la pratique d'une viticulture plus vertueuse, les Vignerons de la Sainte-Victoire recevaient à Puyloubier un expert et observateur avisé de la question de l'eau. Pour le président du Conseil mondial de l'eau, il faudra produire plus d'eau et consommer mieux.
Pour Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, l'illusion de l'abondance de l'eau a vécu : il faut aujourd'hui produire plus d'eau, tout en consommant moins, mais mieux.
© Crédit photo : ED
Depuis de nombreuses années déjà, les vignerons de la Vallée de l'Arc s'emploient à changer leurs pratiques pour produire plus sainement. Ils n'hésitent pas non plus à communiquer sur leurs méthodes et leurs progrès. Moteur de leur prise de conscience, leur association - celle des Vignerons de la Sainte-Victoire - a été retenue dans le cadre de différentes démarches visant à réduire les intrants de ses adhérents, pour répondre aux attentes socio-environnementales tout en améliorant la qualité sanitaire des vignes. La limitation du nombre de traitements et la réduction des doses, l'emploi de solutions de biocontrôle ou le bon réglage des matériels sont les axes de travail du groupe.
Mais, comme ailleurs, la question de l'eau est évidemment au cœur de leurs préoccupations, d'autant que le bilan pluviométrique est régulièrement faible sur la Vallée de l'Arc ces dernières années. Et, en dépit des nombreuses précipitations enregistrées durant ces mois de mai et juin, le déficit hydrique concernant notamment les nappes phréatiques demeure très préoccupant. "Comme nous l'avons fait sur la question de l'utilisation des produits phytosanitaires, nous souhaitons initier la même démarche de réflexion et de dialogue, afin d'anticiper tout simplement la problématique du partage de la ressource en eau", indique Olivier Sumeire, président de l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire. Une initiative saluée par Fabienne Joly, présidente de la Société du canal de Provence (SCP), qui rappelait aussi que "les vignerons de la Sainte-Victoire sont souvent cités en exemple sur l'anticipation et la gestion de certaines problématiques, comme la prospection de la flavescence dorée".
Sur l'enjeu hydraulique, la SCP a évidemment bien pris la mesure du changement climatique et de la raréfaction de la ressource en eau. Avec ses 6 000 kilomètres de canaux, la concession de la Région Sud s'emploie déjà à véhiculer l'eau brute dans presque toute la Provence. Elle utilise par ailleurs 4 % de la ressource naturelle en eau, pour répondre à 40 % des usages de la région, pour l'eau potable essentiellement. Et, question consommation, "le monde agricole desservi par le canal de Provence ne représente par ailleurs que 20 % des volumes", tient à préciser Fabienne Joly.
Les épisodes inédits de sécheresse vécus l'année dernière ont pourtant "généré des conflits d'usage et, surtout, une image faussée de l'utilisation de la ressource par les agriculteurs", déplore la présidente, qui n'a pas manqué d'expliquer que la profession agricole s'évertue à déployer de bonnes pratiques hydrauliques.
Consciente que le partage de l'eau va, à l'avenir, constituer un enjeu crucial, l'Association des Vignerons de la Sainte-Victoire a souhaité inviter Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, pour évoquer la question de la ressource, le 28 juin à Puyloubier. Serviteur de la cause de l'eau à l'échelle internationale, ce dernier connaît aussi très bien la région. Son parcours l'a en effet conduit d'un syndicat de gestion de bassin-versant - le Syndicat du Verdon - au Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur et au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Il a aussi été maire de Trets dans les années 90, et a dirigé la Société des eaux de Marseille de nombreuses années. Il connaît d'autant mieux l'importance vitale de l'eau qu'il effectue de nombreuses missions à travers le monde, en particulier en Afrique subsaharienne.
Pour l'expert, l'illusion de l'abondance de l'eau a vécu. "Le monde - qui change au rythme de crises planétaires - se dérègle sous nos yeux, sur fond de divagation climatique. La planète et ses ressources sont devenues esclaves de l'homme, mais ce dernier a failli dans sa gestion de l'eau." Faisant référence à une étude récente de la revue The Lancet, il rapporte que les pollutions de l'air, de l'eau et des sols sont responsables de six millions de morts chaque année dans le monde. Soit le bilan de deux Covids. "Et tout cela se déroule à un moment où l'intelligence humaine s'autorise une révolution numérique et digitale sans équivalent dans l'histoire. Nous avons, d'un côté, plus de solutions à notre disposition, et en en même temps plus de problèmes. C'est un paradoxe sur lequel il faut réfléchir", observe Loïc Fauchon.
Mais ce n'est pas un tableau négatif que souhaite mettre en avant le président du Conseil mondial de l'eau. Pour lui, l'humanité doit se ressaisir sur des sujets qui ne sont pas uniquement celui de l'eau, mais qui concernent aussi l'énergie, la santé, l'alimentation et l'éducation. C'est ce que le Conseil mondial de l'eau appelle l'alliance des cinq doigts de la main, et qui illustre les besoins fondamentaux pour la vie.
Sur la route des solutions et le chemin des réponses pour apporter de l'eau à tous, la prise en compte de la croissance démographique est prioritaire et indispensable. "Est-ce que vous imaginez qu'en 25 ans Rousset a vu sa population augmenter de 70 % ?", interrogeait-il. Le constat - qui vaut aussi pour les Bouches-du-Rhône dont la population a pris + 25 % en 25 ans - se pose évidemment à l'échelle du globe.
Face à ce constat, "deux leviers doivent être activés" pour l'expert : le premier est d'agir pour que l'on dispose de plus de ressources en eau. Le second est de consommer moins et mieux.
Pour produire plus d'eau, renouveler et accroître les ressources, les solutions existent et sont déjà développées dans de nombreux endroits du globe. L'une d'entre elles consiste à "savoir pomper de l'eau, avec précaution, et plus profond, puisque 95 % de la ressource en eau se trouve sous nos pieds et on ne la connaît pas bien". Il sera nécessaire aussi de "transférer de l'eau sur des surfaces et des distances plus importantes", à l'image de ce que réalise le Canal de Provence dans la région, mais aussi en Chine où 4 000 km de canaux viennent d'être édifiés pour sauver la région de Pékin.
Il y a évidemment le "dessalement de l'eau de mer et des eaux saumâtres, technique qui a une quarantaine d'années, très au point aujourd'hui, et qui n'est pas beaucoup plus chère que de traiter l'eau d'une rivière", souligne Loïc Fauchon. La solution est, à l'heure actuelle, utilisée par environ 90 pays dans le monde, dont certains très pauvres... mais pas encore en France.
Autre piste sur laquelle le pays est aussi en retard : le recyclage et la réutilisation des eaux usées (REUT). "La technologie existe depuis longtemps et s'est, année après année, améliorée. Aujourd'hui, dans une station d'épuration qui fonctionne correctement, on peut pratiquement boire l'eau à la sortie", assure le président du Conseil mondial de l'eau. Ce sera pour ce dernier la "révolution de ce siècle, sans doute parce que tout le monde a de l'eau usée et des stations d'épuration, même dans les pays en développement". L'eau issue de ce procédé n'est pas encore autorisée pour l'usage domestique mais, "d'ici une dizaine d'années, on devrait boire de l'eau recyclée", confie-t-il.
Enfin, c'est sur "la sobriété collective qu'il sera indispensable d'intervenir pour moins consommer, et pour consommer mieux. Agir et lutter efficacement contre le gaspillage alimentaire nous permettra aussi de ne plus nous priver d'une partie de la ressource en eau", précise Loïc Fauchon.
De par son engagement au sein du Conseil mondial de l'eau, il a donc pu délivrer un message réaliste de la situation sur le partage de la ressource de l'eau dans le monde, mais aussi plein d'espoir, de bienveillance et d'ouverture. "Il nous faut cependant agir et savoir, dans les décennies qui viennent, nous appuyer sur les solutions qui existent, tout en laissant dans le vestibule de la planète les différents et les conflits", concluait-il.
POUR ÊTRE précis-
Basé à Marseille depuis sa création en 1996, le Conseil mondial de l'eau promeut au niveau international une vision politique de l'accès à l'eau et à l'assainissement. Il a développé les concepts d'hydro-diplomatie et de sécurité de l'eau, aujourd'hui universellement utilisés. L'organisation - dont le siège est dans la cité phocéenne - réunit quelque 300 organisations, dont près de 60 gouvernements, des agences de l'ONU, la Banque mondiale, les banques de développement, des ONG et des opérateurs publics et privés. Il a également créé le Forum mondial de l'eau.
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