Hérault
Petit-fils d'un ancien président de cave coopérative, pur produit de l'agriculture formé à la vigne et ayant travaillé dedans depuis toujours, Sébastien Ponce persévère pour permettre à ses vignes de subsister, malgré les difficultés. Toujours motivé bien que déconfit face à la conjoncture, il pose un regard critique sur l'avenir de son exploitation.
Sébastien Ponce est viticulteur depuis toujours. Il a beaucoup œuvré pour la restructuration de son vignoble, mais vu le marché du vin, à 44 ans, il se pose désormais la question de la viabilité de son exploitation.
© Crédit photo : ML
Son arrière-grand-père était ouvrier agricole et avait à côté quelques vignes pour lui. Son grand-père, initialement ouvrier agricole également, a accepté de reprendre les vignes de ses voisins après le gel de 1956 lorsque l'ensemble de la profession semblait ne plus y croire. Il est resté plus de 30 ans à la présidence de la coopérative de Vendargues, œuvrant fidèlement pour son vignoble. Son père a travaillé à l'agrandissement de l'exploitation. "Et puis il y a eu moi", retrace Sébastien Ponce, viticulteur "depuis toujours" au Mas Le jardin, dont les vignes sont réparties de Castelnau à Lunel-Viel, en passant par Sussargues. Un "pur produit de l'agriculture", formé par et pour elle, sur les bancs de l'école et jusque dans les vignes qu'il n'a jamais quittées, même dans son activité de travaux agricoles.
Si aujourd'hui on ne trouve que de la vigne sur l'exploitation, il fut un temps où les céréales se sont également fait une place, jusqu'à 60 à 70 ha même. "On en mettait quand on replantait des vignes, pour faire de l'alternance", se souvient Sébastien. "Mais maintenant il faudrait 150 à 200 ha pour pouvoir en vivre. Avec les aléas climatiques nous avons des rendements plus faibles et c'est sans parler des dégâts causés par les lapins."
Sébastien Ponce est donc à la tête de 2 exploitations. La première, où il cultive environ 130 ha de vignes en conventionnel. L'autre, 30 ha en bio. Pour l'appellation Languedoc et environ 25 ha de sa production bio, il apporte ses raisins au Cellier du Pic, la cave coopérative d'Assas, qui valorise surtout en conditionné. Pour le reste, en IGP, il dépose sa production à celle de Vendargues, plus orientée vers le vrac.
"À l'époque, on faisait beaucoup de petits degrés et de gros rendements. Il y a eu ensuite un remplacement par des cépages améliorateurs, et à partir de là nous avons replanté à peu près 6 ha par an. Aujourd'hui, vu la conjoncture, on freine un petit peu, mais la replantation a été essentielle", explique le viticulteur, qui a participé à plusieurs plans collectifs grâce au Comité RQD (Reconversion qualitative différée du vignoble).
"J'ai replanté un peu de carignan, sur 30 ares, pour tester, mais surtout du viognier, du grenache, du cinsault, du chardonnay. Ça correspondait aux tendances du rosé et du blanc, et ça a assuré une plutôt bonne rémunération", expose Sébastien Ponce, avant de poursuivre : "On ne plante pas toujours ce qu'on veut, mais surtout ce qui se vend et ce dont on a besoin. Par exemple, j'ai replanté de la syrah, alors que je n'en voulais pas : c'est comme le cabernet, un cépage sensible aux maladies du bois, mais un jour on va aussi finir par en manquer, parce que personne ne veut en replanter", sourit-il. Quant à son cabernet justement, vieux et en proie à beaucoup de mortalité, il tente de le sauver avec de la taille mécanique qui semble bien lui convenir, d'après ses tests et ceux des voisins. "Et puis, foutu pour foutu, autant essayer pour voir si ça peut le relancer !" S'il s'était contenté de l'écimage depuis quelques années sur le cépage, il est passé à la taille rase depuis cette campagne. Les prochaines récoltes lui en diront sûrement davantage.
Il a également pensé aux cépages résistants et étrangers, mais a constaté qu'ils ne faisaient, pour l'instant, pas partie des demandes de ses coopératives, ni des marchés tout court. "J'ai fait des dégustations de certains cépages, les goûts sont vraiment nouveaux. Alors oui, produire avec moins de traitement ça suscite l'adhésion des consommateurs, mais ça ne veut pas dire qu'il en sera de même au goût", observe Sébastien Ponce.
Il se souvient notamment d'un test effectué à la cave de Vendargues : "C'était quitte ou double, soit le client aime, soit pas du tout."
Mais aujourd'hui la machine se grippe, "c'est soit on continue, soit en arrête. Plus personne n'est capable de nous dire pour combien de temps on en aura avec cette crise, alors quand on comprend ça, est-ce qu'on continue à investir ? Est-ce qu'on replante ? Grâce à toutes ces replantations, j'ai un matériel correct et quand un de mes salariés est parti à la retraite, je ne l'ai pas remplacé. Mais quand je vois ceux qui ne l'ont pas fait, la situation est un peu plus catastrophique", déplore le vigneron. Si les derniers plans collectifs lui ont permis de survivre, aujourd'hui il s'interroge.
"Nous quand on plante une vigne, on se projette sur 20 ans, on a l'habitude de voir loin. Mais là, il n'y a rien. Pas de perspectives." D'autant que cette année, les vendanges n'ont pas été terribles non plus, par rapport aux moyennes. "Et le pire c'est qu'on voit ça aussi sur des vignes jeunes."
Pour le viticulteur, la récolte a égalé celle de l'an dernier, lui autorisant un sursis d'une année supplémentaire, lui qui disait : "Si je fais moins que l'an passé, j'arrête. Ces dernières années, j'ai tout réinvesti dans mes terres pour continuer de produire. Je ne veux pas tout perdre."
À 44 ans et avec 2 enfants de 8 et 12 ans, il est trop tôt pour penser à la relève. Il ne les poussera d'ailleurs pas à reprendre, préférant qu'ils se fassent une idée eux-mêmes. "Cela dit, le grand commence à s'y intéresser", reconnaît-il, une lueur dans le regard. Alors Sébastien Ponce continue. Poussé par le collectif, membre du conseil d'administration du Cellier du Pic et investi pour l'avenir de son métier, il poursuivrait volontiers cette passion qui l'anime depuis l'enfance. En attendant, il se prépare à l'automne, se débattant avec les innombrables lapins qui colonisent la plaine et Cryptoblabes, qui laisse de moins en moins de répit au vignoble languedocien.
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