Occitanie 15/01/2026
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MANIFESTATION

Stocker l'eau, pas les dossiers 

À sec de patience, les agriculteurs des Pyrénées-Orientales ont multiplié les actions, vendredi 9 janvier, afin de dénoncer, entre autres, la lenteur des démarches administratives liées à la question de l'eau. À Perpignan, devant la DDTM, la colère agricole a pris la forme d'une piscine, symbole d'un stockage attendu depuis 20 ans et devenu crucial face à la sécheresse.

"Dans les Pyrénées-Orientales, le sujet numéro un reste l'eau, et ce, pour toutes les filières", ont rappelé la FDSEA et les JA lors de leur mobilisation, après "trois mois épuisants" liés à la crise de DNC, et sans oublier le dossier viticole, à traiter en priorité sur les prochains mois.

© Crédit photo : AV

À l'initiative de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs, la journée a démarré par une opération escargot sur la pénétrante : un cortège de tracteurs a relié Perpignan sud à Perpignan nord. Objectif : rendre visible une mobilisation qui, pour les syndicats, dépasse la simple démonstration. "On ne bloque pas pour bloquer", a insisté Enzo Rodriguez, éleveur et président des Jeunes agriculteurs 66, en ouvrant la séquence de prises de parole. "On se mobilise, car les décisions administratives, sanitaires et commerciales ne tiennent plus compte de la réalité du terrain", a-t-il poursuivi.

L'eau, enjeu numéro un

Le convoi a ensuite pris la direction de Rivesaltes, choisi comme un point d'ancrage symbolique. Les manifestants y ont creusé un trou, avant de prélever de la terre, destinée à être transportée jusqu'à Perpignan. Bruno Vila, président de la FDSEA 66, a explicitement relié cette étape au vécu des exploitations du secteur : "Rivesaltes est la zone qui a été la plus touchée par la sécheresse. On y a arraché des dizaines d'hectares de vergers qui sont morts par manque d'eau."

Sur place, Pierre Hylari, vigneron dans la vallée de l'Agly et président des Jeunes agriculteurs Occitanie, a ajouté : "Dans les Pyrénées-Orientales, le sujet numéro un reste l'eau, et ce, pour toutes les filières." Il a rappelé que les pluies récentes peuvent être un soulagement, mais ne règlent pas tout : "Cette eau de surface, qui, pour une partie, s'en va à la mer, nous devons pouvoir la stocker."

C'est précisément ce message que les agriculteurs ont voulu matérialiser à Perpignan. Devant la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), une piscine a été installée, partiellement enterrée sous la terre ramenée de Rivesaltes, puis remplie d'eau : "Ceci est le 1er stockage d'eau agricole qui ait été réalisé depuis 20 ans dans le département", a ironisé David Massot, arboriculteur et référent 'eau' de la FDSEA 66, perché sur le bord de l'ouvrage. L'emplacement est revendiqué par Bruno Vila : "Devant la DDTM, puisque c'est eux qui instruisent les dossiers et qui gèrent toutes les autorisations administratives."

"Cette piscine, ce stockage, est avant tout un symbole", a précisé Bruno Vila. Elle sert de résumé politique à la revendication principale : une accélération de la mise en œuvre des dossiers structurants relatifs à l'eau. "On a besoin que les dossiers du plan de résilience pour l'eau sortent rapidement", insiste le président de la FDSEA 66, dénonçant une mécanique administrative lente qui "ne permet pas de donner des perspectives aux agriculteurs". 

Si la profession attend une accélération de la vitesse d'exécution, David Massot rappelle cependant que les dossiers sur l'eau existent, mobilisent déjà "beaucoup de monde" et que le travail de fond est considérable : "Il y a énormément de dossiers, que ce soit au niveau du stockage ou de la réutilisation des eaux usées traitées. C'est très long et très technique." Si l'urgence administrative est largement pointée du doigt, David Massot souligne que la transition ne pourra se faire sans un effort collectif au sein même des exploitations. "On vient demander à l'État d'aller plus vite mais, nous aussi, nous allons devoir apprendre, chacun chez soi, à améliorer notre façon de faire, à économiser l'eau, à travailler différemment."  

Vivre ou survivre 

Au fil de la journée, la mobilisation agrège d'autres colères. Enzo Rodriguez pose un cadre général : "Ce que nous vivons aujourd'hui, ce n'est pas une crise passagère. C'est quelque chose de plus profond : une agriculture qui s'étouffe. La colère est là, oui, mais elle est structurée, elle est responsable, et elle est engagée." Parmi les revendications : "des règles sanitaires simples, cohérentes, et les mêmes pour tous, la reconduite de la vaccination des bovins contre la DNC en 2026"... et une formule qui reflète l'état d'esprit général de l'assemblée : "On ne veut plus survivre. On veut vivre. Vivre de notre métier et de notre travail."

Cette exigence de vivre dignement de son travail ouvre sur un malaise plus large, que Pierre Hylari a décrit comme une crise profonde de la rémunération agricole. Une réalité qui pèse lourdement sur la vocation, en particulier chez les jeunes et les porteurs de projets. "Il n'y a plus aujourd'hui un avenir suffisamment serein pour assurer le renouvellement des générations", a-t-il poursuivi, soulignant qu'aucun parent ne peut raisonnablement encourager son enfant à s'installer dans un métier où l'on peine à vivre de son travail.

Après "trois mois épuisants" liés à la crise de DNC, la FDSEA et les JA ont voulu "attaquer" ce début d'année en "portant l'ensemble des revendications pour nos territoires et nos filières", et ce sans oublier le plan viticole qui fait partie des dossiers à défendre en priorité. 

En fin d'après-midi, une délégation devait se rendre en préfecture. Avant la dispersion, pour conclure la journée, les participants ont rempli le stockage. "Parce que, comme on l'a dit, nous, on aime bien quand le boulot est bien fini", sourit Bruno Vila.

Anne Vivien  •

L'eau au cœur du projet de loi d'urgence agricole

Face à la mobilisation des agriculteurs, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé, le 13 janvier, la préparation d'un "projet de loi d'urgence agricole" qui sera présenté en Conseil des ministres dès mars, puis examiné par le Parlement avant l'été. Parmi les priorités affichées, la gestion de l'eau occupe une place centrale. Le gouvernement s'engage à fixer "un cap clair" sur cette thématique d'ici le Salon de l'agriculture.

En attendant, un moratoire est instauré : toutes les décisions relatives à la politique de l'eau sont gelées jusqu'à l'inscription du projet de loi en Conseil des ministres, et les textes fixant les volumes d'eau prélevables sont suspendus jusqu'à septembre 2026. 

Par ailleurs, il n'y aura pas d'augmentation de la redevance pour pollutions diffuses pour le monde agricole dans le projet de loi de finances 2027.

Il demande également aux préfets de remonter directement les projets hydrauliques agricoles bloqués sur les territoires : "Je veux en libérer un maximum, notamment tous ceux qui sont à taille humaine. Les décisions de répartition et de gestion de la quantité d'eau doivent se faire après une analyse claire des conséquences économiques". Ces analyses économiques doivent être renforcées et doivent compléter les études existantes : "J'ai décidé que les textes fixant les volumes d'eau prélevables soient suspendus jusqu'à septembre, pour garantir la prise en compte réelle des contraintes agricoles."

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