TANNERON
Sur le territoire singulier de Tanneron, Michel Lovera est un ambassadeur passionné de la filière feuillage. Mimosiste reconverti dans l'eucalyptus, il défend une profession au savoir-faire unique, porteuse de l'économie locale et d'un patrimoine connu à travers le monde, qui illumine la région au cœur de l'hiver.
Michel Lovera, producteur d'eucalyptus à Tanneron.
© Crédit photo : GL
Fils de maraîchers de la Roquette-sur-Siagne, dans les Alpes-Maritimes voisines, Michel Lovera savait conduire un tracteur avant d'avoir dix ans. "J'ai toujours mis les mains à la pâte, surtout qu'en maraîchage, le gros du travail se fait l'été. Du coup j'y passais mes vacances", se souvient-il. Devenu adulte, il prévoit donc de reprendre l'exploitation familiale avec son frère. Mais la concurrence des produits italiens à bas prix met l'activité à mal. Tant et si bien qu'en 1996, le maraîcher décide qu'il ne peut plus continuer à travailler 16 heures par jour pour, péniblement, couvrir les coûts de production. C'est alors qu'il rejoint l'exploitation de sa belle-famille, à Tanneron. "Le père de mon épouse était mimosiste et cherchait du personnel. C'est comme ça que j'ai commencé", raconte Michel Lovera.
S'il connaissait la culture emblématique du massif du Tanneron, le travail de production a été une vraie découverte. "C'est tout un savoir-faire à acquérir, en particulier sur les techniques de taille, essentielles pour avoir de la belle marchandise chaque année", souligne le producteur. Très vite après ses débuts, l'entreprise - initialement dédiée au mimosa - s'oriente sur l'eucalyptus. "Avec la diversité de fleurs qui arrivait du monde entier toute l'année, les ventes de mimosa - produit assez fragile - ont dégringolé", explique Michel Lovera, qui finit par reprendre une partie de l'exploitation entre 1999 et 2000. Avec sa femme, Fabienne, ils démarrent avec un peu plus de cinq hectares et en comptent aujourd'hui une quinzaine consacrée à l'eucalyptus.
Ils en cultivent les principales variétés, dont le cinerea, connu pour sa couleur naturellement bleutée. Bien entretenue, une plantation peut durer plus de 50 ans. Michel Lovera soigne tout particulièrement la taille, qui permet de préparer chaque année la prochaine récolte. De plus en plus, les bois de taille sont broyés sur place pour constituer de la matière organique, qui participe au maintien de la terre sur des pentes plutôt sablonneuses. Les rémanents peuvent aussi être brûlés sur les parcelles. À partir de la 2e année, le producteur apporte en complément, une fois l'an, un amendement adapté aux besoins.
Étalée entre septembre et avril, la récolte se fait à la main sur les terrains escarpés du massif. Six saisonniers sont employés huit mois durant par Michel et Fabienne Lovera. Les tiges sont coupées au sécateur ou au couteau, rassemblées en ballots de 25 à 30 kg, puis charriées à dos d'homme jusqu'au véhicule qui les transporte à l'atelier des Lovera. Là, toujours manuellement, l'eucalyptus est trié et calibré en 45 ou 60 cm. Seule opération mécanique, l'attache des bouquets de dix tiges est faite par machine. Ils sont ensuite conditionnés, également par dix. Une chambre froide permet de conserver le produit dans des conditions optimales, avant expédition vers la Hollande. Une partie de la production des Lovera part vers la bouquetterie, une autre chez un grossiste en feuillage décoratif et le reste est vendu au cadran.
En parallèle, pour se diversifier, l'agriculteur, passionné d'agrumes, développe actuellement une petite production de citrons et de mandarines, qu'il valorise localement.
La majorité des surfaces exploitées par les Lovera sont communales. À Tanneron, depuis la fin du XVe siècle, une sentence arbitrale permet aux habitants d'exploiter des terrains communaux contre un loyer symbolique. Les terres sont attribuées par la commission communale des droits d'usage (CCDU) selon des règles bien établies, parmi lesquelles : vivre et voter à Tanneron, être affilié à la MSA, mais aussi être titulaire d'un diplôme agricole ou être descendant d'un exploitant ou d'un ayant droit, ou avoir déjà travaillé au moins deux ans dans la filière souhaitée. "Cela permet d'accompagner l'installation des jeunes qui ont l'avantage de ne pas avoir à supporter le coût du foncier, en leur évitant d'aller dans le mur", défend Michel Lovera, membre de la CCDU au titre de la profession.
Car l'agriculteur est aussi président du Syndicat local des exploitants agricoles et, depuis l'an dernier, élu à la Chambre d'agriculture du Var, au sein de laquelle il a à cœur de faire entendre la voix de sa filière et de son territoire. Parmi ses multiples particularités, celui-ci est classé à 90% en zone rouge pour le risque incendie. "Pour les jeunes qui doivent habiter la commune pour exploiter, comme pour loger les saisonniers ou faire de l'agritourisme, c'est extrêmement compliqué", pointe Michel Lovera. Pourtant, l'agriculture contribue activement à la protection incendie, en même temps qu'à l'économie et au rayonnement de tout un secteur. "Les terres sont attribuées au plus près des 22 hameaux de la commune pour faire des coupures", précise l'agriculteur.
La question de l'eau devient aussi cruciale face aux sécheresses à répétition. "Nous sommes raccordés au réseau d'eau potable et la dernière taxe pour les usages agricoles a fait doubler les tarifs", dénonce Michel Lovera. D'autant que cette hausse s'ajoute à celle des fournitures agricoles et du transport.
Et puis, il y a les problématiques sanitaires qui se multiplient. Parmi elles, un acarien microscopique qui s'attaque aux pointes tendres des arbres, inquiète les producteurs. Accompagnés par la Fredon et par une coopérative agricole, les producteurs testent un acaricide pour lequel ils aimeraient pouvoir utiliser la pulvérisation par drone, sur les parcelles difficiles d'accès, où les tracteurs à chenille sont de mise. "Le drone faciliterait le travail et la sécurité des opérateurs", défend Michel Lovera, porte-voix d'un patrimoine singulier à défendre, que les curieux sont invités à découvrir le 25 janvier pour la fête du mimosa de Tanneron.
LE SAVIEZ-VOUS ?-
La filière du mimosa varois est associée aux acteurs du tourisme dans le cadre de la 'Route du mimosa', qui court sur 130 km entre Bormes et Grasse. Pour Michel Lovera, l'initiative est l'occasion de sensibiliser le public au respect des cultures, en l'invitant à aller à la rencontre des producteurs et à éviter la cueillette sauvage, susceptible d'abîmer les arbres. Il s'agit aussi de valoriser la filière, grâce à la marque collective 'Tanneron, terre de mimosa', créée récemment par le Syndicat local des exploitants agricoles de Tanneron, pour garantir l'origine de la production jusque dans les produits dérivés.
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