Var 15/01/2026
Partage

TANNERON

Terre et voix du mimosa et de l'eucalyptus

Sur le territoire singulier de Tanneron, Michel Lovera est un ambassadeur passionné de la filière feuillage. Mimosiste reconverti dans l'eucalyptus, il défend une profession au savoir-faire unique, porteuse de l'économie locale et d'un patrimoine connu à travers le monde, qui illumine la région au cœur de l'hiver.

Michel Lovera, producteur d'eucalyptus à Tanneron.

© Crédit photo : GL

Fils de maraîchers de la Roquette-sur-Siagne, dans les Alpes-Maritimes voisines, Michel Lovera savait conduire un tracteur avant d'avoir dix ans. "J'ai toujours mis les mains à la pâte, surtout qu'en maraîchage, le gros du travail se fait l'été. Du coup j'y passais mes vacances", se souvient-il. Devenu adulte, il prévoit donc de reprendre l'exploitation familiale avec son frère. Mais la concurrence des produits italiens à bas prix met l'activité à mal. Tant et si bien qu'en 1996, le maraîcher décide qu'il ne peut plus continuer à travailler 16 heures par jour pour, péniblement, couvrir les coûts de production. C'est alors qu'il rejoint l'exploitation de sa belle-famille, à Tanneron. "Le père de mon épouse était mimosiste et cherchait du personnel. C'est comme ça que j'ai commencé", raconte Michel Lovera.

S'il connaissait la culture emblématique du massif du Tanneron, le travail de production a été une vraie découverte. "C'est tout un savoir-faire à acquérir, en particulier sur les techniques de taille, essentielles pour avoir de la belle marchandise chaque année", souligne le producteur. Très vite après ses débuts, l'entreprise - initialement dédiée au mimosa - s'oriente sur l'eucalyptus. "Avec la diversité de fleurs qui arrivait du monde entier toute l'année, les ventes de mimosa - produit assez fragile - ont dégringolé", explique Michel Lovera, qui finit par reprendre une partie de l'exploitation entre 1999 et 2000. Avec sa femme, Fabienne, ils démarrent avec un peu plus de cinq hectares et en comptent aujourd'hui une quinzaine consacrée à l'eucalyptus.

Un savoir-faire exigeant

Ils en cultivent les principales variétés, dont le cinerea, connu pour sa couleur naturellement bleutée. Bien entretenue, une plantation peut durer plus de 50 ans. Michel Lovera soigne tout particulièrement la taille, qui permet de préparer chaque année la prochaine récolte. De plus en plus, les bois de taille sont broyés sur place pour constituer de la matière organique, qui participe au maintien de la terre sur des pentes plutôt sablonneuses. Les rémanents peuvent aussi être brûlés sur les parcelles. À partir de la 2e année, le producteur apporte en complément, une fois l'an, un amendement adapté aux besoins.

Étalée entre septembre et avril, la récolte se fait à la main sur les terrains escarpés du massif. Six saisonniers sont employés huit mois durant par Michel et Fabienne Lovera. Les tiges sont coupées au sécateur ou au couteau, rassemblées en ballots de 25 à 30 kg, puis charriées à dos d'homme jusqu'au véhicule qui les transporte à l'atelier des Lovera. Là, toujours manuellement, l'eucalyptus est trié et calibré en 45 ou 60 cm. Seule opération mécanique, l'attache des bouquets de dix tiges est faite par machine. Ils sont ensuite conditionnés, également par dix. Une chambre froide permet de conserver le produit dans des conditions optimales, avant expédition vers la Hollande. Une partie de la production des Lovera part vers la bouquetterie, une autre chez un grossiste en feuillage décoratif et le reste est vendu au cadran.

En parallèle, pour se diversifier, l'agriculteur, passionné d'agrumes, développe actuellement une petite production de citrons et de mandarines, qu'il valorise localement.

Spécificités locales

La majorité des surfaces exploitées par les Lovera sont communales. À Tanneron, depuis la fin du XVe siècle, une sentence arbitrale permet aux habitants d'exploiter des terrains communaux contre un loyer symbolique. Les terres sont attribuées par la commission communale des droits d'usage (CCDU) selon des règles bien établies, parmi lesquelles : vivre et voter à Tanneron, être affilié à la MSA, mais aussi être titulaire d'un diplôme agricole ou être descendant d'un exploitant ou d'un ayant droit, ou avoir déjà travaillé au moins deux ans dans la filière souhaitée. "Cela permet d'accompagner l'installation des jeunes qui ont l'avantage de ne pas avoir à supporter le coût du foncier, en leur évitant d'aller dans le mur", défend Michel Lovera, membre de la CCDU au titre de la profession.

Car l'agriculteur est aussi président du Syndicat local des exploitants agricoles et, depuis l'an dernier, élu à la Chambre d'agriculture du Var, au sein de laquelle il a à cœur de faire entendre la voix de sa filière et de son territoire. Parmi ses multiples particularités, celui-ci est classé à 90% en zone rouge pour le risque incendie. "Pour les jeunes qui doivent habiter la commune pour exploiter, comme pour loger les saisonniers ou faire de l'agritourisme, c'est extrêmement compliqué", pointe Michel Lovera. Pourtant, l'agriculture contribue activement à la protection incendie, en même temps qu'à l'économie et au rayonnement de tout un secteur. "Les terres sont attribuées au plus près des 22 hameaux de la commune pour faire des coupures", précise l'agriculteur.

La question de l'eau devient aussi cruciale face aux sécheresses à répétition. "Nous sommes raccordés au réseau d'eau potable et la dernière taxe pour les usages agricoles a fait doubler les tarifs", dénonce Michel Lovera. D'autant que cette hausse s'ajoute à celle des fournitures agricoles et du transport.

Et puis, il y a les problématiques sanitaires qui se multiplient. Parmi elles, un acarien microscopique qui s'attaque aux pointes tendres des arbres, inquiète les producteurs. Accompagnés par la Fredon et par une coopérative agricole, les producteurs testent un acaricide pour lequel ils aimeraient pouvoir utiliser la pulvérisation par drone, sur les parcelles difficiles d'accès, où les tracteurs à chenille sont de mise. "Le drone faciliterait le travail et la sécurité des opérateurs", défend Michel Lovera, porte-voix d'un patrimoine singulier à défendre, que les curieux sont invités à découvrir le 25 janvier pour la fête du mimosa de Tanneron.

Gabrielle Lantes •

LE SAVIEZ-VOUS ?-

Une route et une marque

La filière du mimosa varois est associée aux acteurs du tourisme dans le cadre de la 'Route du mimosa', qui court sur 130 km entre Bormes et Grasse. Pour Michel Lovera, l'initiative est l'occasion de sensibiliser le public au respect des cultures, en l'invitant à aller à la rencontre des producteurs et à éviter la cueillette sauvage, susceptible d'abîmer les arbres. Il s'agit aussi de valoriser la filière, grâce à la marque collective 'Tanneron, terre de mimosa', créée récemment par le Syndicat local des exploitants agricoles de Tanneron, pour garantir l'origine de la production jusque dans les produits dérivés.

Gabrielle Lantes •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Sur le même thème

Bouches-du-Rhône 12/02/2025

La Ciotat

Du local et de l'ultra frais

Du côté de La Ciotat, Philippe Cupif produit oranges, clémentines, pamplemousses et autres citrons depuis une quinzaine d'années. Un créneau original pour enrichi...
Var 03/03/2023

Var

Une conserverie mobile, soc...

Basée à La Garde, l'association 'L'Économe' s'est donnée pour mission de lutter contre le gaspillage alimentaire. Elle propose aux producteurs de fruits et légume...
France 26/07/2023

Hérault

Jacky Poujol, passionné par...

L'autoroute mène presque directement à Salelles, un petit hameau de la commune du Bosc, tout près du lac du Salagou. Sur les terres rouges caractéristiques de ce...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

10/05/2023
@EPVarois fait le point sur les tendances et enjeux du marché foncier agricole varois avec le nouveau directeur départemental de la #SAFER Paca et le président du comité technique. https://t.co/qAljvKlzlO
https://t.co/qAljvKlzlO
28/04/2023
[A LA #UNE 📰]@AgriProv👇La Coopération Agricole Sud acte sa fusion avec les caves coopératives du 13 et du 83 ! 🍷, #eau 💧Appel à la sobriété, Groupama Méditerranée maintien le cap, un dossier #travaildusol et en📸 cap sur la grenade avec le projet de Frédéric Chabert sur Arles https://t.co/Vf3e5Z07t0
https://t.co/Vf3e5Z07t0
06/06/2023
🗞️Tradition, consommation et vigilance @VigneronsCoop 🍷-💧Extension du réseau hydraulique 'Colline des Costières' @BRLGroupe @Occitanie - 🐴Le festival Prom'Aude - Fusion @_Ctifl et La Tapy #expé - 🌡️Aléas #climat : solutions et prospectives - 📸Guillaume Chirat, maître #pâtes https://t.co/9XDBtwaWsl
https://t.co/9XDBtwaWsl

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...