LE CELLIER DOMINICAIN
On raconte souvent la vie des femmes et des hommes qui font l'agriculture. Plus rarement celle des lieux qui les rassemblent. Pourtant, certaines caves coopératives ont elles aussi une histoire, un tempérament... À Collioure, le Cellier Dominicain peut même se prévaloir de plusieurs vies. Église dominicaine, puis dépôt d'artillerie, le lieu devient, en 1926, la cave coopérative de viticulteurs de Collioure. Un siècle plus tard, le vin y coule toujours.
Régis Bergé, président du Cellier Dominicain.
© Crédit photo : AV
"Nos ancêtres ont eu une idée de génie, celle d'investir l'ancienne église dominicaine pour y installer une cave coopérative. Il fallait le faire, il fallait y croire", sourit Régis Bergé, président du Cellier Dominicain depuis 2019.
Les pierres de l'édifice ont près de sept siècles d'histoire à raconter. Fondé à la fin du XIIIe siècle, le couvent des Dominicains traverse les époques et les bouleversements de l'histoire. Après la Révolution française, l'ancienne église devient propriété de l'État, et sert notamment de dépôt d'artillerie. Puis vient 1926. Sous l'impulsion d'Émile Bataille et du Dr Étienne Géraud, des vignerons de Collioure décident d'investir les lieux, pour y vinifier collectivement leur production.
"Ils ont su, avec d'autres vignerons pionniers, croire en la force du collectif à une époque où rien n'était acquis", rappelle Régis Bergé. L'ancienne église devient ainsi le lieu où les vignerons de Collioure vont désormais vinifier ensemble leur production.
Cent ans plus tard, la vocation demeure. Le Dominicain compte aujourd'hui environ 150 coopérateurs pour 108 hectares de vignes. Une mosaïque de petites parcelles cultivées sur les pentes de Collioure. Ici, les terrasses de schiste et le relief abrupt imposent encore largement le travail manuel. "La vigne n'est pas seulement une activité économique. Elle est une culture, une tradition, un patrimoine vivant", fait valoir le président.
La longévité du lieu trouve son pendant dans celle de ses dirigeants. Depuis 1926, sept présidents seulement ont précédé Régis Bergé. Le premier, le Dr Étienne Géraud, membre fondateur, est resté à la tête de la cave jusqu'en 1947. Lui ont succédé Francis Hostalrich, Sébastien Péroneille, Georges Guiot, René Cassagnères, Jean Pascot et Francis Pous. Régis Bergé a pris la relève en 2019.
"Il me semble que ça prouve quand même une certaine stabilité", observe-t-il. D'autant que le président et le bureau sont élus chaque année.
Cette continuité correspond assez bien à la philosophie revendiquée par le Dominicain : rester une structure à taille humaine. Avec cinq salariés et demi et quatorze administrateurs, le président parle volontiers d'une organisation "familiale", où chacun vient prêter main-forte aux autres.
Avec quelque 1 650 hectolitres produits lors de la dernière campagne, vins secs et vins doux naturels confondus, le Dominicain joue dans la catégorie des petites caves. Une production qui ne l'empêche pas de proposer une gamme particulièrement étendue, entre AOP Collioure et Banyuls.
Rouges, blancs, rosés, banyuls jeunes ou oxydatifs, grand cru, hors d'âge, rancio... Certaines références ne représentent que quelques centaines ou milliers de bouteilles. Estiu (l'été), Monestrell (mourvèdre), Esquist (les schistes)..., le catalan s'invite volontiers dans les noms de certaines cuvées.
Cette diversité de la gamme ne change rien à la priorité du Cellier : la qualité. "Si elle n'y est pas, on ne vend pas." Une exigence qui a d'autant plus de sens dans un marché du vin devenu difficile, "marqué par la baisse de la consommation et une forte concurrence", souligne Régis Bergé.
Pour Régis Bergé, l'enjeu est désormais de regarder devant : "Si cent ans représentent un accomplissement remarquable, ils ne sont pas une fin en soi. Ils sont une étape. Un héritage à préserver, mais aussi un avenir à construire." Un avenir qui doit composer avec une conjoncture économique difficile. "Le panier moyen reste à peu près le même, mais il y a moins de clients", constate le président. Le Dominicain cherche donc de nouveaux relais. Il y a trois ans, la coopérative a créé une société commerciale pour élargir l'offre de sa boutique à d'autres produits, principalement locaux et régionaux : miel, confitures, huile, vinaigre... Une diversification destinée à "améliorer le rendement pour les coopérateurs".
Pour faire découvrir autrement ses vins et son histoire, le Cellier développe aussi les expériences œnotouristiques. Aux visites suivies de dégustations, viennent désormais s'ajouter de nouvelles animations. Cet été, Frédéric Gallego, champion du monde de paella 2025, est ainsi venu préparer une paella pour 70 convives au cœur de la cave. Quelques semaines plus tard, une vingtaine de participants revenaient pour un atelier consacré au même plat. D'autres rendez-vous pourraient suivre, comme des accords vins et fromages... Autant d'occasions d'ouvrir davantage les portes du Dominicain et de mettre en valeur un cadre exceptionnel. "Nous avons un lieu qui est fantastique. Il faut qu'on fasse rentrer les gens, qu'ils voient dans quelle maison on travaille", s'enthousiasme Régis Bergé.
Depuis 1926, le Dominicain a évolué. Mais il continue de remplir la fonction pour laquelle les vignerons de Collioure l'avaient imaginé : produire, valoriser et rassembler. Cent ans après sa création, la cave continue d'écrire son histoire. Celle d'"une église devenue cave, et d'une cave devenue patrimoine", selon les mots de Régis Bergé lors de la célébration du centenaire.
Les CHIFFRES clés -
m
ICI
Votre encart
publicitaire !
Hérault
hérault
Hérault

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner