Comité RQD
Il y a 20 ans, le Languedoc-Roussillon était un précurseur en obtenant les mesures de soutien pour la reconversion qualitative du vignoble. Depuis, plus de 50 000 hectares ont été réencépagés pour mieux correspondre aux attentes du marché.
Guilhem Vigroux et Dominique Blanc, président et directeur du comité RQD
© Crédit photo : Magali Sagnes
Le Comité Reconversion qualitative différée du vignoble est une association loi 1901, créée en 2003 sous l'impulsion de la profession viticole pour accompagner et accélérer la reconversion du vignoble du bassin Languedoc-Roussillon.
Les professionnels ont souhaité dès l'origine que cette structure soit proche des viticulteurs, afin de les informer, les guider dans leurs démarches et s'assurer de la réussite de leurs dossiers (vérification des dossiers et reversement des primes, dont une indemnité de perte de récolte majorée).
Depuis sa création, ce sont plus de 50 000 hectares qui ont été restructurés en Languedoc-Roussillon. Le dispositif RQD est un véritable levier d'orientation pour la filière viticole régionale, dont l'image a été révolutionnée. Il est désormais largement reconnu dans le paysage viticole du bassin Languedoc-Roussillon.
Ce bassin est précurseur dans la mesure de restructuration collective.
Les statuts du Comité RQD ont été déposés en avril 2003.
De 2003 à 2008, le Comité RQD a élaboré et conduit des plans RQD (Reconversion qualitative du vignoble). Six plans de cinq ans se sont succédés, à raison d'un nouveau par année. Les plans RQD étaient élaborés de la manière suivante : une campagne d'arrachage ; une année de repos, et trois années de replantation.
L'élection de Guilhem Vigroux à la présidence du Comité RQD a eu lieu en 2009.
De 2009 à 2011, le Comité RQD a élaboré et conduit des PCL (Plans collectifs locaux). Trois plans de trois ans se sont succédés, à raison d'un nouveau chaque année. Les plans PCL étaient élaborés de la manière suivante : une année d'arrachage et deux années de replantation.
Depuis 2013, le Comité RQD participe à l'élaboration et gère des PCR (Plans collectifs de restructuration). Cinq plans de trois ans se sont succédés, à raison d'un nouveau tous les trois ans. Les PCR sont élaborés de la manière suivante : trois années de replantation, l'arrachage étant dissocié du plan collectif. Le PCR4, plan transitoire, a eu la particularité de se dérouler sur une seule année de replantation.
Actuellement, le Comité RQD gère le PCR5 qui se déroule de 2023 à 2025.
Avril 2003 : dépôt des statuts du Comité RQD
De 2003 à 2008 : 6 plans RQD (Reconversion qualitative différée)
2009 : élection de Guilhem Vigroux à la présidence du Comité RQD
De 2009 à 2011 : 3 plans PCL (Plans collectifs locaux)
Depuis 2013 : 5 plans PCR (Plans collectifs de restructuration)
2023-2025 : PCR 5
HUBERT DE MOROGUES, CHATEAU DE ROUX, BRAGASSARGUES (30)
Hubert de Morogues s'est installé sur l'exploitation familiale dont les 15 hectares de vignes – conduites en bio – sont centrés autour du Château de Roux, “qui date de 1670 et qui a été construit par un lointain parent”, explique le vigneron. Ces dernières années, il a restructuré 5 hectares sur son exploitation gardoise.
© CZ Hubert de Morogues, installé depuis 2013 à Bragassargues sur l'exploitation familiale, a restructuré 5 hectares ces dernières années.
© Crédit photo : CZ
"Je suis seul sur deux exploitations, l'une dans le Gard et l'autre dans l'Hérault, pour suivre les vinifications, la commercialisation, la gestion et la conduite des vignes", explique Hubert de Morogues. Après une école de commerce et un parcours qui l'a mené de Paris à Châteauneuf-du-Pape, il s'installe en 2013 sur le domaine jusqu'alors géré par son père, un des acteurs de l'accession à l'AOP Duché d'Uzès, aujourd'hui environ un tiers de sa production, les deux tiers restants étant commercialisés en IGP Cévennes.
Alors que la vendange s'achève, avec une perte d'environ 60 % – "encore une fois, le travail de toute la saison s'est perdu suite aux 3-4 journées caniculaires intervenues autour du 20 août qui ont totalement vidé les raisins" – il ne tarit pas d'éloges sur le Comité Reconversion qualitative différée du vignoble (RQD) et son fonctionnement.
"Les dossiers gravitant autour des plantations en individuel étaient très compliqués en termes administratifs. L'organisation mise en place autour du RQD a donc été un vrai soulagement pour moi. Déjà, parce qu'elle est centrée sur les cépages les plus intéressants au niveau qualitatif ; ensuite, parce que le comité groupe les dossiers et prémâche tout en amont, avertissant clairement des formalités à faire, en temps et en heure, par mail, voire par téléphone si on ne réagit pas vite. Non content d'être performantes et toujours disponibles, les équipes administratives sont aussi aimables. C'est important à souligner par les temps qui courent !"
Seconde force de l'organisation pour le vigneron de Bragassargues : le timing de versement des primes. "En montant en individuel le dossier, on est payé 18 mois après la plantation. Là, c'est fait dans les 4 mois. C'est un énorme soulagement pour la trésorerie."
Au cours des dix dernières années, il a restructuré environ 5 hectares dans le Gard, 2 ha dans l'Hérault, arrachant essentiellement merlot et carignan, pour planter grenache, syrah, mourvèdre et marsanne. "J'ai ciblé sur des cépages qualitatifs pour renouveler un vignoble vieillissant." Aujourd'hui, le vigneron n'amène désormais à la cave coopérative de Durfort qu'une petite partie de sa production, réalisant lui-même les trois quarts en bouteilles et en Bibs, commercialisés à 70 % en France, via des grossistes et agents, 15 % en local auprès de professionnels, et 15 % à l'export.
Quant à l'avenir, à l'aune d'une nouvelle vendange compliquée, le vigneron espère que le principe du RQD et son organisation actuelle "vont perdurer". Selon lui, cela ôte des épines bien douloureuses du pied du vigneron, la connexion administrative entre les douanes et le portail Vitirestructuration n'étant pas des plus claires. "Il faut d'abord demander les primes, puis avertir les douanes de l'achèvement des plantations, et enfin ne pas oublier de demander le paiement des dites primes. Rien n'est automatisé entre les deux. Avec les consignes que nous donne le Comité RQD, le travail est mâché, les étapes s'enchaînent avec plus de liant et on est sûr de ne pas se tromper !"
GUILLAUME ROUSSILLON, DOMAINE DE CORNELIANE, TOURBES (34)
Après des années d'études à la faculté de droit, Guillaume Roussillon
a repris, en 2012, la vigne de sa grand-mère, à Tourbes,
dans l'Hérault. Le coopérateur apporte toute sa récolte à la cave coopérative de Puilacher.
A raison de 3 hectares par année, 40 hectares ont été restructurés sur l'exploitation de Guillaume Roussillon, à Tourbes.
© Crédit photo : GR
Entre les parcelles avec des ceps très âgés ne donnant plus rien, le changement des goûts des consommateurs et les questions d'environnement et de climat, il y avait pas mal de surface à restructurer. “La liste des cépages autorisés par le Comité RQD est adaptée à ce que nous souhaitons planter”, explique ce viticulteur méticuleux. “On voit que cela a été réfléchi. Vermentino, grenache blanc ou gris, cinsault, les consommateurs n'aiment plus les rouges taniques et charpentés et boivent davantage de rosés ou de blancs.” Les cépages originaires de Bourgogne, du Bordelais ou de Champagne (merlot, pinot noir) n'ont effectivement plus la cote, mais en plus, ils souffrent de la sécheresse. “On trouve de plus en plus de niellucio* (sangiovese), le cépage du Chianti, qui pousse bien dans les régions sèches.”
A raison de 3 hectares par année, 40 hectares ont été restructurés sur son domaine baptisé Domaine de Cornéliane, de l'ancien nom du tènement, même si toute sa production est livrée à la cave coopérative de Puilacher.
Guillaume Roussillon a aussi planté du souvignier gris, résistant aux maladies et également présent dans la liste du PCR 5. Ce cépage correspond bien à ses parcelles proches des cours d'eau, sur lesquelles les traitements sanitaires sont très encadrés.
Entre la retraite de sa grand-mère en 2004 et sa reprise en 2012, c'est son père, Patrick Roussillon, qui avait commencé à gérer la reconversion des parcelles. “L'équipe de soutien au montage des dossiers du Comité RQD, mon père les connaissait tous par leurs noms”, évoque Guillaume Roussillon. “Il n'était pas très féru d'informatique. Aussi, à la moindre question sur son dossier, il prenait le téléphone. D'ailleurs, il avait toujours une réponse.” Lui, a pris la suite. Il est tout à fait à l'aise avec l'interface sur le site et, à l'inverse de son père, il n'aime pas trop le téléphone. Mais s'il a une question précise, il n'hésite pas à appeler et il tombe toujours sur une personne qui a la réponse. “Pas comme certains services administratifs que je ne citerai pas.”
“Pour les dossiers, le système est bien rodé maintenant. L'information est carrée, sur les cépages, les dates de dépôt, de travaux, de demande de paiement. On obtient plus facilement la caution bancaire”, reconnaît le viticulteur. “C'est plus facile de travailler avec le comité qu'en direct avec FranceAgriMer. Sans compter l'aspect financier et les quelques milliers d'euros supplémentaires par rapport à une démarche individuelle (Ndlr : 3 500 € supplémentaires par hectare en plan collectif).” Comme il fait beaucoup “lui-même”, l'apport financier représente 60 % du coût de chaque replantation. Un vrai bon coup de pouce !
GUILLAUME TARRIEUS, PÉZILLA-LA-RIVIÈRE (66)
Le Comité RQD a accompagné la plantation d'une petite parcelle d'un jeune viticulteur, Guillaume Tarrieus, dans un petit village des Pyrénées-Orientales, à Pézilla-la-Rivière. Ce dernier est ravi de pouvoir mettre en place une parcelle expérimentale en viti-foresterie.
Guillaume Tarrieus, jeune viticulteur installé à Pézilla-la-Rivière dans sa parcelle en viti-foresterie.
© Crédit photo : AL
Acquise auprès de son grand-père, qui avait commencé par acheter environ 10 ares de terrain, la parcelle s'étend désormais sur un seul tenant de 4 hectares. C'est là que Guillaume Tarrieus, le petit-fils, met en place un projet innovant. “C'est une parcelle irriguée et plantée en viti-foresterie, avec une rangée d'oliviers intercalée avec six rangs de grenache noir, ainsi qu'une double haie tout autour de la parcelle”, explique le jeune installé. Le but ? La création d'un microclimat qui permette, d'une part, un effet brise-vent ; et, d'autre part, la réduction de la température sur la parcelle, favorable à la culture de la vigne. Bien que la viti-foresterie ne soit actuellement pas encadrée par un cahier des charges, ni même au sein des AOC, le viticulteur explore d'autres débouchés, comme les vins bio ou nature, tout en restant prudent au vu des incertitudes actuelles du marché. “Pour l'instant, le but c'est vraiment de faire de l'expérimentation pour les 10 ou 15 prochaines années ; et de voir comment les cultures évoluent au milieu des arbres.”
Dans ce secteur, l'irrigation est gérée de façon optimale avec une priorité pour l'arboriculture, ensuite pour le maraîchage, et enfin pour la viticulture, avec des apports d'eau qui ont débuté fin juillet.
L'aspect financier a été essentiel pour la réalisation de ce projet. Entre les choix des cépages et la mise en place du palissage, Guillaume Tarrieus a pu bénéficier d'un soutien financier à hauteur de 3 500 euros par hectare supplémentaires, destinés à indemniser la perte de récolte après arrachage. “Une aide précieuse qui a été rapidement disponible une fois le dossier constitué et la vigne plantée par rapport à d'autres financements, qui demandent plusieurs années avant d'en voir la couleur”, reconnaît le jeune viticulteur.
Au-delà de l'aspect financier, la qualité du suivi administratif a été également décisive dans la prise de décision du jeune viticulteur de faire appel au Comité RQD pour l'accompagner dans cette aventure. “Le lien avec le comité s'est fait tout naturellement avec mon père, qui était déjà dans cette démarche avec la cave coopérative Dom Brial, située à Baixas, et qui avait déjà restructuré environ 20 hectares”, partage-t-il. D'ailleurs, de son côté, la technicienne de la cave Dom Brial – qui suit le dossier de Guillaume – fait part de sa satisfaction quant à l'ensemble des informations qu'elle reçoit et qui sécurise le travail en amont.
Avec actuellement un seul hectare planté, Guillaume Tarrieus prévoit de rajouter prochainement 0,5 ha durant l'hiver 2024, toujours grâce à l'appui du Comité RQD pour l'épauler dans cette démarche.
Pour cela, il compte bien répliquer les dispositifs agroforestiers qu'il vient d'expérimenter, en utilisant les mêmes cépages.
Ainsi, dans la lignée de son grand-père, Guillaume Tarrieus s'inscrit dans une démarche de restructuration soutenue par le Comité RQD, pour façonner l'avenir de la viticulture.
ALAIN MONTLAUR, DOMAINE DE BOUGNA, NARBONNE (11)
Situé à Narbonne, le Domaine de Bougna – dirigé par Alain Montlaur et son épouse – a sollicité l'aide du Comité RQD pour restructurer son vignoble, afin de répondre aux nouvelles attentes sociétales. Aujourd'hui, le domaine a subi une transformation significative et a trouvé sa place sur le marché.
Alain Montlaur et Monique Bec-Montlaur, les vignerons propriétaires, et Richard Lopez, leur gendre, qui les accompagne dans le travail sur le domaine.
© Crédit photo : PS
Après avoir pris en charge le domaine familial il y a plus de 30 ans, c'est dans les années 1980 que le Domaine de Bougna a entrepris une restructuration du vignoble.
L'objectif était alors de remplacer les cépages productifs – le cinsault ou l'alicante – par des variétés de meilleure qualité, telles que la syrah, le cabernet sauvignon et le carignan. “À cette époque, les aides à la restructuration étaient limitées et nécessitaient de nombreuses démarches administratives”, se souvient Alain Montlaur, qui gère l'exploitation avec sa femme Monique. En 1999, le domaine a doublé sa surface de production, passant de 30 à 58 hectares, les vignerons décidant en parallèle de vinifier le vin directement dans leur propre cave.
Grâce à un terroir propice aux vins blancs et à l'aide de Comité RQD, le couple s'est recentré sur une gamme de cépages plus restreinte, tels que le chardonnay, le viognier, le sauvignon. “Le soutien financier du Comité RQD a été essentiel pour réaliser ces changements et rester compétitif sur le marché”, explique Alain Montlaur. À ce jour, la quasi-totalité du domaine a été restructurée, à un rythme de 3 hectares par plan de restructuration. Pour cela, les vignerons ont pu bénéficier d'aides financières allant jusqu'à 15 000 euros par hectare. Cependant, ces aides ne couvrant pas la totalité des coûts, le domaine complète avec ses propres deniers l'investissement pour la restructuration.
En ce qui concerne le PCR 5, le domaine a choisi d'implanter le chardonnay sur porte-greffe Paulsen qui, selon le vigneron, “résiste raisonnablement à la sécheresse et à l'humidité, tout en donnant de bons résultats sur nos types de sol”. Si l'aide à l'implantation marque le début du processus, Antoine Montlaur rappelle qu'il y a un investissement humain considérable avant la première récolte : un épisode de gel en 2021 ayant perturbé le démarrage des plants, “il a fallu tailler à blanc la deuxième année, et reprendre ensuite sur un cycle de production décalé d'un an, pour que nous puissions commencer à produire dès la quatrième année”, explique-t-il.
Pour la saison 2023-2024, le couple prévoit de rétablir l'irrigation dans les plantations qui en sont dépourvues, grâce aux aides couplées de FranceAgriMer entrant dans le cadre de la reconversion qualitative différée. “Nous attendrons quelques années pour voir comment évoluent ces cépages, tant sur le plan technique que par rapport à la demande du marché. Car on ne plante pas des vignes pour le simple plaisir de les regarder pousser”, conclut Alain Montlaur, espérant que ces cépages répondront aux défis à venir.
ICI
Votre encart
publicitaire !

HUBERT DE MOROGUES, CHATEAU DE ROUX, BRAGASSARGUES (30)
“On est sûr de ne pas se tromper !”
GUILLAUME ROUSSILLON, DOMAINE DE CORNELIANE, TOURBES (34)
Toujours une réponse au bout du fil
GUILLAUME TARRIEUS, PÉZILLA-LA-RIVIÈRE (66)
Un coup de pouce bienvenu pour se lancer dans une démarche innovante
Occitanie
Mas des Plantades

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner