Bouches-du-Rhône 28/04/2023
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Arles

"Avec la grenade tout est à construire"

Sur le domaine familial du Grand Roy, les arboriculteurs ont, au fil des décennies, continuellement adapté leurs cultures au contexte climatique et au marché. Frédéric Chabert, qui a repris le flambeau, mise aujourd'hui sur un fruit rustique.

Frédéric Chabert, arboriculteur sur Arles.

© Crédit photo : ED

Originaires de Cabannes, ce sont les grands-parents de Frédéric qui mettent un premier pas en Camargue, lorsqu'ils font l'acquisition du Mas du grand Roy, en 1978. Chez les Chabert, tout le monde ou presque est dans l'agriculture. Marcel et son fils Pierre, piliers de l'arboriculture fruitière du département, ont grandement contribué au déploiement de l'appui technique qui bénéficie aujourd'hui à de nombreux arboriculteurs dans la région. Leur domaine, situé à Arles, a d'abord vu la vigne laisser place aux pommiers, puis aux pêchers. "C'était l'époque où la précocité du sud de la vallée du Rhône incitait d'importantes structures de production, plus au nord, à descendre et planter de la pêche", rapporte Frédéric.

Les pêchers ont été arrachés en 1993, à la suite des inondations et de la crue du Rhône. Il fallait tout renouveler. À la recherche d'une culture moins exigeante en main-d'œuvre, son père a opté pour l'olivier. A la fin des années 90, la famille est d'ailleurs l'une des pionnières à intensifier le verger d'oliviers, à l'image de la conduite du pommier.

Conversion à l'AB et diversification

Frédéric Chabert, est lui aussi arboriculteur et oléiculteur. Et depuis quelques années, de nouvelles productions ont pris place dans ses vergers.

Quand il s'installe en Camargue, en 2004, la pomme est toujours le fer de lance de l'exploitation. Mais les vergers sont vieillissants. L'exploitation est alors en coopérative et l'objectif du jeune arboriculteur est de reprendre la main sur la commercialisation, au travers de grossistes et d'autres metteurs en marché, et d'aller vers le bio.

Conseillé et suivi par le GRCeta, il développe la Production fruitière intégrée et cherche, dans un premier temps, à renouveler le verger, avec des variétés de pomme adaptées à la conduite en AB.

En 2016, pour redonner de l'élan à son exploitation, il convertit finalement son verger à l'agriculture biologique dont il maîtrise déjà les pratiques et le cahier des charges depuis de nombreuses années.

Les prix du bio sont, à cette époque, rémunérateurs et permettent à l'exploitant de réaliser des investissements, notamment d'installer des filets paragrêles et Alpt'Carpo et de surgreffer des variétés adaptées à la culture bio ou dans du matériel pour le travail du sol. L'arboriculteur veut alors moduler les sources de revenus et compenser les risques associés à la volatilité des prix et aux aléas climatiques en se diversifiant. La grenade apparaît tout de suite comme une candidate intéressante.

Le grenadier est une culture bien adaptée aux conditions agroclimatiques. Le fruit répond aussi à une consommation grandissante. Les caractéristiques organoleptiques et les composés actifs de la grenade - que l'on retrouvent tant dans les feuilles, les fleurs, les peaux, les pépins que le jus -, sont recherchés et le fruit jouit d'une très bonne image. Les industriels français, notamment la pharmaceutique, recherchent un approvisionnement de proximité et certifié en agriculture biologique. 

En 2017, il plante un premier hectare de grenadiers et démarre avec les trois variétés Wonderful, Acco et Mollar de Elche.

Un fruit pas si facile que cela

"On entendait dire que, d'un point de vue technique, la conduite de la culture n'est pas très compliquée". Un argument qui ne rend pas insensible Frédéric. Son expérience dans la production fruitière se révèle précieuse, mais il y a beaucoup à apprendre encore. Car dans la réalité, "il ne suffit pas de planter et de regarder pousser. Surtout pour une valorisation en fruit de bouche", comme c'est le cas pour Frédéric.

L'espèce souffre encore d'un manque de caractérisation sur différents aspects agronomiques, sur la maturité et la date de récolte notamment. C'est l'une des premières difficultés à laquelle se confronte l'arboriculteur. "Les fruits fendent très vite et, pour un débouché en frais, ils doivent être irréprochables. Ramassée trop verte, la grenade n'évolue plus, mais cueillie trop mûre, elle pourrit". Après avoir essuyé quelques plâtres, Frédéric affine ses connaissances et ajuste ses pratiques. "C'est quand le fruit commence à se déformer que l'on peut commencer à ramasser. Quand il devient bossu, c'est qu'il est prêt !".

D'autres inconnues ont dû être déchiffrées. "Le Ctifl a mené des travaux sur la conservation au froid, mais il y a avait au départ beaucoup d'incertitudes. Sur l'éclaircissage et la taille, il a fallu également apprendre pour obtenir les plus beaux fruits. D'autant que la floraison est très longue et étalée", explique Frédéric.

Pour l'arboriculteur, les travaux sur la conduite de l'espèce se poursuivent pour acquérir d'autres références. "Cette année, nous avons commencé à travailler sur les taux de sucre car les grenades sont souvent acides. Il y a la question variétale qui rentre en ligne de compte, mais pas seulement", reconnaît le producteur.

C'est une espèce très souple qui s'adapte dans de nombreuses conditions, mais la plante a besoin de beaucoup de lumière et reste sensible aux gelées précoces.

Avec cette espèce, il souhaite aussi contribuer à la résilience au changement climatique avec un fruit peu exigeant en eau. "Mais pour l'instant, la rentabilité du produit est difficile parce que l'on produit tout en apprenant en même temps", résume celui qui souhaite pouvoir développer un atelier de diversification de 5 à 6 hectares.

Un syndicat pour partager valeurs et projets

Le producteur espère que cette année sera sa première vraie récolte. Mais, en attendant, Frédéric Chabert s'est rapproché d'autres arboriculteurs professionnels qui souhaitent, comme lui, se diversifier sur la grenade en valorisant ses co-produits. Parce qu'au-delà du fruit de bouche ou des jus, les pépins de la grenade s'utilisent aussi pour l'huile, et les peaux séchées pour les tisanes notamment ou la cosmétique. Il y a quelques mois, plusieurs arboriculteurs de la région se sont réunis pour créer un syndicat de producteurs et donner de la voix à une nouvelle filière d'excellence. Sur la production comme sur la commercialisation, ils partagent déjà des valeurs communes. "Rassembler, mobiliser... créer une dynamique, mais aussi du volume. Pourquoi ne pas se donner les moyens de créer une marque commune pour générer du volume et aller taper à la porte de la pharmaceutique !", lance Frédéric Chabert. Les producteurs du syndicat communiquent déjà ensemble sur les atouts de leurs productions comme à Paris, où ils ont participé au dernier Salon de l'agriculture. "Mais tout reste à construire sur la grenade", conclut Frédéric, convaincu du potentiel de ce fruit à faire redécouvrir. 

Emmanuel Delarue •

Les CHIFFRES clés-

Arboriculteur depuis 2004, Frédéric Chabert exploite en agriculture biologique sur Arles 

35 hectares de pommiers

12 ha d'oliviers

2 ha de pêchers

4 ha de grenadiers

Emmanuel Delarue •

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