Maires Ruraux
À la tête de la plus petite commune des Bouches-du-Rhône, Christian Delavet administre depuis 2014 un territoire hors norme. Saint-Antonin-sur-Bayon se déploie dans un écrin naturel classé, où le maire joue les équilibristes entre protection du paysage, gestion des risques, soutien à l'agriculture et innovation locale.
Christian Delavet, maire de la plus petite commune des Bouches-du-Rhône, aux commandes d'un territoire XXL.
© Crédit photo : ED
Vous êtes maire de la plus petite commune des Bouches-du-Rhône, parlez-nous de ses spécificités ?
Christian Delavet : "C'est une commune très atypique, dans tous les sens du terme. Saint-Antonin-sur-Bayon, ce sont 126 habitants répartis sur près de 1 800 hectares, dans un écrin de nature au pied de la montagne Sainte-Victoire. 80 % du territoire est constitué d'espaces naturels et forestiers, classés en site Natura 2 000, et la quasi-totalité est concernée par un classement paysager depuis 1983. Autrement dit le foncier est ultra-contraint.
Et pourtant, paradoxalement, les habitants ne sont pas des ruraux au sens traditionnel du terme. Beaucoup sont des actifs très qualifiés, des amoureux du lieu, venus s'installer ici pour la qualité de vie, la beauté du site, mais qui travaillent ailleurs, souvent à Aix ou Marseille. Il y a une vraie singularité sociale et géographique à vivre dans la commune la moins peuplée... du département le plus peuplé de France, et dans la plus grande métropole française !"
À quand remonte votre engagement municipal ?
C.D. : "Je suis arrivé ici en 1983. Je suis originaire d'Auvergne, ingénieur des Arts et Métiers, et j'ai eu un vrai coup de cœur pour ce territoire. Mon engagement s'est structuré au fil du temps. Le grand tournant, c'est l'incendie de 1989. Un feu d'une violence inédite, qui a ravagé 5 000 hectares en une demi-journée. Ce traumatisme m'a poussé à m'investir davantage. Je voulais contribuer à reconstruire, à protéger ce patrimoine naturel exceptionnel, à inscrire Saint-Antonin dans une dynamique plus résiliente."
Quelles difficultés rencontrez-vous dans votre quotidien de maire ?
C.D. : "La première, c'est l'avalanche d'injonctions réglementaires qui s'abat sur nous. Il faut se mettre en conformité en permanence, sur des champs très techniques, tout en restant lisible pour les habitants. Dans une petite commune comme la nôtre, le maire est un véritable généraliste. Un jour sur l'eau potable, le lendemain sur les risques incendie, le surlendemain sur la gestion du numérique ou de l'urbanisme.
À cela s'ajoute l'isolement social. Nous n'avons ni école, ni commerce, ni poste. L'habitat est très dispersé, les résidences secondaires nombreuses. On développe des événements locaux, mais le lien social reste fragile. Cela rend la mission exigeante, parfois usante. Mais elle reste porteuse de sens."
Quelles réalisations vous ont donné satisfaction au cours de vos deux mandats ?
C.D. : "Je suis particulièrement fier d'avoir contribué à la réalisation de l'étude éco-paysagère. Elle a permis un diagnostic fin du territoire et a servi de socle à notre Plan local d'urbanisme (PLU), approuvé en 2017. C'est une avancée majeure dans une commune aussi contrainte. Nous avons pu formaliser des orientations fortes en termes de protection du paysage, tout en assurant la viabilisation des réseaux indispensables sur l'eau potable, l'électricité, la DFCI (défense de la forêt contre l'incendie)... La sécurisation du plateau du Cengle en eau potable, par exemple, était une priorité. Aujourd'hui, nous disposons d'un réseau résilient, d'une bonne couverture téléphone et fibre. Le territoire est mieux préparé aux risques climatiques et technologiques."
De quelle manière soutenez-vous l'agriculture sur votre territoire ?
C.D. : "L'agriculture ici est peu intensive, mais hautement stratégique. Il n'y a que de la viticulture ici. Elle participe directement à la gestion du paysage, à la prévention incendie, à l'équilibre territorial. Nous avons aussi pu réinstaller un berger, préserver la ceinture agricole du Cengle, accompagner les activités viticoles et oléicoles, et valoriser le pastoralisme.
Saint-Antonin est aussi un territoire d'accueil pour les circuits courts et les activités agroécologiques. On veille à maintenir les surfaces agricoles et à éviter la déprise. C'est un vrai travail d'équilibriste, mais c'est essentiel pour préserver notre identité."
Comment définiriez-vous la politique foncière que vous conduisez pour votre village ?
C.D. : "Disons qu'on fait de la politique foncière avec des pincettes et une grande rigueur ! Le développement de l'habitat est quasi inexistant, non pas par manque de volonté, mais parce que le site est classé, soumis à des risques majeurs - feu de forêt en tête - et que les marges sont ultra-réduites.
Notre objectif est clair, maintenir une population permanente suffisante, mais sans jamais rompre l'équilibre environnemental. Cela passe par un contrôle fin de l'urbanisation, un accompagnement attentif des projets, et une coordination avec les services de l'État, du Département et de la Métropole."
Estimez-vous qu'en tant que maire d'une commune rurale vous disposez de réelles marges de manœuvre pour répondre aux problématiques de votre village ?
C.D. : "Oui, mais à certaines conditions. L'échelle communale permet une réactivité précieuse. On peut innover, expérimenter, impulser. Mais pour peser, il faut se regrouper. C'est tout le sens de notre engagement dans l'Association des maires ruraux des Bouches-du-Rhône. Ce réseau est un levier pour faire entendre nos voix, interpeller la Métropole, mutualiser les expériences.
À titre personnel, je préside aussi l'Association des communes forestières des Bouches-du-Rhône. Cela me permet d'être présent dans toutes les instances où se discutent les politiques forestières, si cruciales ici. Grâce à cette implication, nous avons renforcé la prévention incendie, amélioré les équipements DFCI et structuré une vraie culture du risque.
En somme, l'exercice de cette fonction est riche, intense et souvent complexe. Mais à Saint-Antonin, il prend tout son sens. On y touche du doigt ce que peut être une gouvernance locale ancrée dans le vivant, l'histoire et le bon sens."
ZOOM sur...-
Site classé (depuis 1983)
Zone Natura 2000
Intégralement en Trame verte et bleue
Intégré au Grand Site Sainte-Victoire
ICI
Votre encart
publicitaire !
Chambre d'agriculture de l'Aude
VENDANGES
PAT Grand Avignon

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.
Grâce à notre réseau de journaux partenaires.
Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

10/05/2023
28/04/2023
06/06/2023
Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...
Découvrez toutes nos formules
Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !
S'abonner