LE PUY-STE-RÉPARADE
Notaire dans une première vie professionnelle, Emmanuelle Baude dirige depuis plus de dix ans le Domaine Tour Campanets, au Puy-Sainte-Réparade. Retour sur le parcours incroyable d'une néo-vigneronne qui ne l'est pas moins.
Emmanuelle Baude
© Crédit photo : JD
Devenir vigneronne ne rentrait assurément pas dans les projets d'Emmanuelle Baude. "Mon rêve, c'était de devenir commissaire-priseur" rectifie celle qui préside depuis presque 13 ans aux destinées du Domaine Tour Campanets. Un souhait qui ne se concrétisera finalement pas - même si elle l'a en partie réalisé, en installant de nombreuses œuvres d'art au sein du vignoble de 36 hectares implanté au Puy-Sainte-Réparade - et qui l'amène à se tourner vers le notariat, un peu par défaut.
"Au manque de créativité de ce métier s'ajoutait une certaine routine, à force de traiter le même genre de dossiers", avoue avec le recul Emmanuelle Baude. Jusqu'à ce qu'on lui en confie certains, relatifs au droit rural, qui l'ont rapidement passionnés : "Je travaillais sur des reprises de domaine et, progressivement, l'idée de devenir gérante de l'un d'eux a commencé à germer, même s'il a fallu attendre plusieurs années avant que l'opportunité se présente enfin" précise la vigneronne. "J'en rêvais et c'était un projet qui avait du sens. Mais cela nécessitait de repartir à zéro, à 41 ans, avec deux enfants à charge...", note avec le recul la désormais quinquagénaire, qui décide de "tout réapprendre" et de se former à l'Université du vin de Suze-la-Rousse pendant 18 mois, en parallèle à son activité de notaire.
"Dix-huit mois, c'est à la fois très long et très court pour se former à la gestion et à l'administration d'un domaine viticole, et apprendre des notions de viti-œnologie. Mais je m'y suis impliquée à 300 %", raconte Emmanuelle Baude, qui se souvient avoir acheté pendant plusieurs mois jusqu'à cinq vins différents par jour, pour les goûter et exercer son palais. C'est alors qu'elle travaille comme aide-caviste à la cave coopérative de Venelles qu'elle apprend la vente du Domaine Tour Campanets : "J'ai réussi à convaincre ma famille de créer une structure familiale pour le racheter".
Le domaine - acheté par des rapatriés d'Algérie dans les années qui suivent leur arrivée en métropole - est alors orienté vers la vente des moûts au négoce. Une situation qui perdure jusqu'en 2012, date du rachat par la famille Baude. "Mon premier défi, c'était de positionner le domaine comme un acteur à part entière du monde du vin. Le second, c'était de foncer comme un bélier...", énumère en souriant la vigneronne, qui s'attache dès lors à comprendre les sols et les différentes parcelles qui composent le vignoble, en compagnie d'un ouvrier agricole, présent sur le domaine depuis longtemps : "Je voulais tout comprendre, tout connaître... afin de pouvoir prétendre diriger Tour Campanets", analyse-t-elle.
En quelques années, le foncier s'agrandit, passant de 27 ha en production à 36 ha. En parallèle, le nombre de mises en bouteilles progresse années après années, et le domaine se structure avec l'embauche de collaborateurs pour le volet administratif et dans les vignes. "L'ensemble du vignoble était sain, lors du rachat de Tour Campanets, avec un encépagement cohérent. Aucun investissement n'avait en revanche été réalisé pendant les dix années précédentes en cave et dans les vignes", constate Emmanuelle Baude, qui lance un plan d'investissement de sept ans pour moderniser l'ensemble. Une stratégie qui se traduit par la certification en bio du domaine - "Le fait d'être sur le tracteur a été ma première motivation pour verdir nos pratiques" -, une reprise des palissages, la généralisation du goutte-à-goutte, l'introduction de la taille-douce, la construction d'un nouveau caveau de vente et la réfection des cuves béton.
À cela s'ajoutent l'installation d'un groupe froid (en remplacement des drapeaux mobiles) et l'achat de cuves inox. "La question de la diversification commençait alors à se poser, mais je ne me sentais pas encore prête : je ressentais le besoin de gagner en compétences et en savoir-faire, avant d'envisager de travailler sur la promotion du domaine, autrement dit sur le faire savoir."
L'arrivée du Covid va définitivement trancher cette question : "En 48 heures, je n'ai plus vu un client au domaine, plus reçu un appel téléphonique...". Pour se sortir de cette mauvaise passe, Emmanuelle Baude décide de booster l'offre commerciale au grand public, afin de réduire la dépendance au négoce (l'essentiel de la récolte était alors vendu en vrac) et multiplie les mises en bouteilles (jusqu'à une par mois) faute d'un lieu de stockage suffisant. Elle développe aussi l'offre œnotouristique et l'accueil touristique de Tour Campanets (visite du domaine, randonnées dans les vignes, ateliers dégustation...), tout en lançant la construction d'un nouveau caveau de ventes aux allures de cathédrale de béton brut, inauguré l'an dernier.
La gamme s'est aussi structurée au fil des années, avec notamment l'introduction de nouveaux cépages comme la counoise, et la création de cuvées hors AOP Coteaux d'Aix : à l'image d'un 100 % carignan sans ajouts de sulfites, destiné au marché des 'vins natures', de son vin orange 100 % ugny ou d'autres cuvées sans alcool. En cave, la vigneronne impose sa patte dans les assemblages, avec l'ambition de proposer des vins "équilibrés, entre fruits et légèreté, faciles à boire mais dotés d'une certaine complexité aromatique, à l'image d'un roman de Françoise Sagan".
Treize ans après la reprise de Tour Campanets, Emmanuelle Baude commence à prendre de la hauteur, après une série de recrutements au fil des années, pour les travaux verts, en chai, à l'administration et au caveau de vente : "C'est la première année que je suis amenée à gérer l'entreprise sans occuper un poste spécifique de production". Une situation bien loin de ses débuts, et en particulier de sa première vinification, en 2014 : "J'avais beaucoup de questions mais personne pour m'apporter des réponses. J'ai fait comme tout le monde, à l'époque : j'ai essayé, je me suis trompée et appris de mes erreurs".
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