Bouches-du-Rhône 08/01/2026
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MOBILISATION AGRICOLE

Les agriculteurs ont maintenu la pression

Dans le département, les agriculteurs ont multiplié les actions en décembre pour dénoncer une situation qu'ils jugent explosive. Sur les ronds-points comme dans les ministères, leur mobilisation s'intensifie et leurs attentes se cristallisent, et ils ont maintenu la pression.

L'année 2025 s'est achevée sur une certitude : les agriculteurs des Bouches-du-Rhône ont fait entendre leur voix. Ils attendent désormais plus que des mots.

© Crédit photo : FNSEA 13

Depuis des semaines, comme dans tout l'Hexagone, le département des Bouches-du-Rhône connaît un mouvement aussi tenace que protéiforme, nourri par la colère d'un monde paysan qui juge son avenir incertain, ses marges de manœuvre rétrécies et ses bêtes menacées. La mobilisation ne se lasse pas, et deux sujets cristallisent les frustrations : la stratégie sanitaire contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui impose l'abattage systématique des cheptels touchés ; et l'accord de libre-échange Mercosur, perçu comme la porte grande ouverte à une concurrence déloyale.

Les premiers signaux ont retenti début décembre, lorsqu'Arles et Saint-Martin-de-Crau ont brièvement été transformées en places fortes de manadiers et d'éleveurs ovins, les 12 et 13 décembre. Puis le pont de Bonpas, le 17 décembre, à la frontière vaucluso-provençale, s'est fait symbole d'un bassin agricole à bout de souffle. Là, les manifestants disaient tout haut une impression persistante : la France impose à ses agriculteurs des normes de plus en plus strictes, pendant que ses frontières s'ouvrent à des importations à bas coût, jugées moins vertueuses.

Pendant ce temps, à Bruxelles le 18 décembre, plusieurs milliers d'agriculteurs venus des quatre coins du continent lançaient un avertissement à la Commission, refusant l'accord Mercosur en l'état. Si l'Union européenne a choisi de temporiser en reportant sa décision, les syndicats préviennent que ce délai de quelques semaines ne suffira pas à calmer les esprits.

Mobilisation à Aubagne

De retour dans le département, la mobilisation a pris une nouvelle tournure le 20 décembre. Devant le magasin Auchan des Paluds, à Aubagne, la Confédération paysanne 13 a rassemblé environ 200 personnes, transformant l'entrée de la zone commerciale en un théâtre où brebis et banderoles ont côtoyé chariots métalliques et achats de fêtes. Les éleveurs voulaient rendre visible une détresse qu'ils jugent trop souvent reléguée derrière les rideaux des étables. Autour d'eux, des 'Gilets jaunes', le mouvement 'Bloquons tout' et quelques membres de la Coordination rurale, autant de sensibilités pour une même urgence.

Trois jours plus tard, sur ce même territoire, les moteurs grondaient encore. À l'appel de la FNSEA 13, près de 200 agriculteurs, venus d'Aubagne, de Trets et même du Var, se sont à nouveau installés sur un rond-point stratégique le 23 décembre, avec une quarantaine de tracteurs calés comme des vigies. Pas de blocage, pas de coup d'éclat, mais une démonstration de force maîtrisée, presque pédagogique, à l'approche des fêtes.

Dans l'air, une colère profonde mais canalisée. Les mots de Ludovic Long, maraîcher à Roquevaire et organisateur du rassemblement, sonnent comme un diagnostic : "Les agriculteurs français sont soumis à toujours plus de contraintes, de normes, de pressions, de contrôles et d'injonctions contradictoires, alors que, dans le même temps, les importations de produits agricoles sont toujours plus massives. À Aubagne, la hausse de la taxe sur l'eau et l'accès quasi verrouillé au foncier rendent la situation explosive".

Pourtant, le maraîcher insiste : pas question de bloquer des familles la veille des fêtes. "On était là, on a dit ce que l'on pensait, sans créer de désordre. Mais d'autres manifestations sont à venir en janvier."

Dans les ministères, porter la voix provençale

Ce même 23 décembre, tandis que les gyrophares scintillaient sur l'A 501, la colère montait aussi jusqu'à Paris. Une délégation composée de Laurent Deville (FNSEA 13), Benoît Colombet (Jeunes Agriculteurs 13) et Emmanuel Lescot (Fédération des manadiers) arpentait les couloirs ministériels pour exiger des garanties.

La matinée fut consacrée à un premier échange avec la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, avant une rencontre avec le directeur de cabinet du président de la République, Georges-François Leclerc. Au menu, une liste de préoccupations longue comme une saison sèche : DNC, vaccination, ligne THT en Camargue, foin de Crau, redevance sur l'eau agricole, assurances et sécurisation juridique des manifestations taurines.

Sur la vaccination contre la DNC, l'impatience s'entend dans la voix de Benoît Colombet : "La ministre a été sensible à ce que nous lui expliquions à propos de nos races locales à faibles effectifs. Elle a compris les enjeux de ces cheptels, leur importance pour la France et la nécessité de les maintenir en priorité".

"Les éleveurs sont prêts à vacciner"

"Pour enclencher un protocole vaccinal sur ces races à faibles effectifs, l'accord de la Commission européenne est nécessaire. Notre race Camargue est présente sur trois départements, l'Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. Il faut que l'on s'accorde au plus vite entre nos deux régions. Dans les Bouches-du-Rhône, les éleveurs sont d'accord pour enclencher les vaccinations, mais il y a encore des réticences ailleurs. Pour démarrer la saison au printemps, la vaccination de nos bêtes le plus tôt possible est pourtant la meilleure solution", insiste l'éleveur.

La ministre a néanmoins accordé son entier soutien aux éleveurs taurins et manadiers, confirmant que l'ensemble des moyens nécessaires seraient déployés en amont, afin de garantir une vaccination efficace et rapide si la situation l'exigeait. Ainsi, la disponibilité des vaccins serait immédiate en cas de nouveaux foyers sanitaires dans les départements 13, 30 et 34.

Au cœur des échanges parisiens, une inquiétude moins médiatisée mais tout aussi brûlante : comment pérenniser les abrivados, encierros et bandidos, alors que la responsabilité civile pèse entièrement sur le propriétaire de l'animal ? Les éleveurs demandent une évolution du Code civil, jugeant ces fêtes indispensables à l'économie locale autant qu'à l'identité provençale. Au-delà du folklore, l'enjeu économique est réel : sans ces événements, les retombées touristiques s'évaporeraient, et l'équilibre des élevages camarguais pourrait vaciller.

L'année 2025 s'est achevée sur une certitude : les agriculteurs des Bouches-du-Rhône ont fait entendre leur voix, sur les ronds-points comme dans les cabinets ministériels. Ils attendent désormais plus que des mots. Préserver les élevages, maintenir les races locales, sécuriser les traditions taurines, garantir l'accès au foncier, desserrer l'étau administratif. Autant de chantiers ouverts, à traiter sans tarder. Parce que d'ici quelques jours, le rugissement des moteurs pourrait à nouveau monter. 

Emmanuel Delarue •

Soutien au foin de Crau

Entre l'effondrement des prix, les stocks invendus et les charges d'irrigation élevées, le foin de Crau traverse une crise sans précédent. Pour répondre au cri d'alarme des producteurs, la ministre de l'Agriculture a décidé d'affecter une enveloppe financière de 800 000 euros, afin de les aider à faire face aux difficultés économiques de leur filière. Comme l'indique Didier Tronc, directeur du Comité de foin de Crau, "la porte d'entrée sera l'AOP Foin de Crau, mais les critères d'éligibilité et les modalités ne sont pas encore définis, on y travaille pour pouvoir monter des dossiers au mois de mars".

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