FORMIGUÈRES
À Formiguères, la Ferme Pérarnaud appartient à la même famille depuis au moins sept générations. Derrière cette longévité se cache une capacité à faire évoluer l'exploitation au rythme des défis : développement de l'élevage, vente directe, transformation du lait à la ferme... À 28 ans, Mathilde contribue à écrire un nouveau chapitre de l'aventure familiale.
Mathilde Pérarnaud et son mari, Ugo Carmé
© Crédit photo : AV
À 1 500 m d'altitude, sur les hauteurs de Formiguères, la Ferme Pérarnaud a les sommets pour horizon et les cloches des vaches pour bande-son. Ici, l'élevage est une histoire de famille. Lorsque Marcel Pérarnaud, le père de Mathilde, s'installe en 1986, il développe le cheptel. Au début des années 2000, la crise de la vache folle pousse la famille vers la vente directe de viande. Vingt ans plus tard, Mathilde et son cousin Vincent, d'un an son cadet, rejoignent le Gaec. Un choix qui, pour Mathilde, a été une évidence. "On a toujours participé avec Vincent, mais on ne nous a jamais forcés. On a grandi en sachant qu'on pouvait faire ce qu'on voulait... et ce qu'on voulait, c'était être là." Lorsqu'on lui demande ce qui l'a poussée à choisir ce métier, la réponse tombe sans hésitation : "La vraie passion, c'est les vaches." Et puis il y a "la montagne", "le travail dehors".
L'exploitation réunit désormais Mathilde, son mari Ugo, son cousin Vincent et son oncle, Antoine. L'installation des cousins, en 2020, pousse la famille à chercher de nouvelles sources de valeur. La fromagerie voit ainsi le jour en 2022, portée essentiellement par Mathilde et Ugo. Quasiment tout le lait est désormais transformé sur place, en yaourts et en fromages. Tomme des Pyrénées IGP, tomme à raclette, au fenugrec, mais aussi trois créations aux noms inspirés des paysages du Capcir : le Camporells, un bleu fondant, le Capcinois, une pâte molle crémeuse et le Galbe, à pâte cuite.
Vincent et Antoine s'occupent davantage des troupeaux et des travaux agricoles, mais "on est tous les quatre polyvalents", souligne Mathilde. Chacun son domaine, mais pas de pré carré.
Avec 25 vaches laitières, la journée est rythmée par deux traites, à 7 h 30 puis vers 18 h 30. Tous les jours. "Même lorsqu'on est malade, il faut y aller", rappelle Mathilde. Les animaux doivent être nourris, surveillés, soignés et, parfois, les vêlages réveillent la nuit. "On dit souvent qu'on est notre propre patron. Mais en réalité, les patronnes, ce sont les vaches", sourit-elle.
Être plusieurs permet aux associés de "tourner" et, parfois - "pas souvent" -, de se dégager un peu de temps. "On n'aurait pas élevé des vaches laitières si on n'avait pas été plusieurs." Une organisation qui permet d'accepter les contraintes du métier sans nécessairement renoncer à toute vie en dehors de la ferme.
Malgré cette passion, Mathilde a pourtant appris très tôt qu'elle ne bénéficiait pas toujours du même regard que pour d'autres orientations. Au collège de Font-Romeu, Vincent et elle étaient parmi les rares élèves à vouloir devenir agriculteurs. Elle se souvient d'un professeur de mathématiques lui expliquant que "les maths ne [lui] seraient guère utiles pour compter les vaches". Une représentation du métier qu'elle estime encore présente : "Je pense qu'il y a des gens qui ont envie et qui n'osent pas, parce qu'ils ne trouvent pas ça valorisant." Un paradoxe, alors que la profession exige de multiplier les compétences : transformation, commercialisation, comptabilité... "On est de véritables gestionnaires d'entreprise", souligne la jeune femme.
Plus difficile encore à accepter : l'agribashing. "C'est tellement de sacrifices ce boulot, que c'est compliqué de s'entendre dire : 'Vous n'aimez pas vos animaux.' Alors que nos vaches, c'est clairement notre vie." Une incompréhension qui renforce sa volonté d'ouvrir l'exploitation au public et de montrer la réalité du métier.
À Formiguères aussi, le changement climatique commence à bouleverser les équilibres. "Depuis 2022, on a senti la sécheresse, mais pas chaud à ce point. Pas sec à ce point non plus", constate Ugo. La chaleur affecte les animaux et, lors des périodes les plus difficiles, il estime la baisse de production de lait entre 20 et 30%. Mais c'est surtout le manque de nourriture qui inquiète. L'été, une partie du troupeau monte en estive, libérant les prairies proches du village pour constituer les réserves de l'hiver. Lorsque l'herbe manque à la fois en montagne et dans les parcelles de fauche, "tout le système vacille", explique l'éleveur.
Cette année, la ferme n'a récolté qu'environ 450 balles de foin, contre près de 900 nécessaires pour passer l'hiver. Pour la première fois, il faudra donc acheter une part importante du fourrage. "Ici, on avait la chance de faire du foin de très bonne qualité. Acheter du foin d'ailleurs, ça veut dire pas la même qualité, et pas le même lait", précise Mathilde. Afin de préserver la production fromagère, le meilleur foin local sera réservé aux laitières et le fourrage acheté, destiné aux allaitantes. Un enjeu d'autant plus important que la qualité est reconnue : la tomme des Pyrénées de la ferme a décroché une médaille de bronze au concours national.
Au-delà d'une mauvaise année, la répétition des épisodes "pose quand même des questions sur la suite", s'inquiète Mathilde. Pour cette génération qui vient de prendre le relais, l'adaptation au changement climatique est sans nul doute le prochain grand défi.
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