MSA du Languedoc
Toujours dans une politique "d'aller-vers", la MSA du Languedoc officialise le lancement d'une ligne d'écoute dédiée aux femmes du monde agricole et rural. L'occasion de se questionner sur les freins encore existants dans l'exercice des métiers agricoles pour la gent féminine.
Lancement de la ligne d'écoute de la MSA du Languedoc à destination des femmes du monde agricole et rural, au Château de Flaugergues, à Montpellier.
© Crédit photo : ML
C'est un lancement que beaucoup attendaient. Jeudi 30 janvier, la MSA du Languedoc lançait officiellement sa ligne d'écoute dédié aux femmes issues du monde agricole et rural (0800 10 40 42, permanences le lundi, de 9 heures à 12 h et le jeudi, de 9 h 30 à 16 h 30). Une matinée qui revêt un sens particulier, soulignant la conscience forte des enjeux. En cette période de crise, s'il est essentiel de donner aux jeunes une confiance en l'avenir du métier, il l'est tout autant pour permettre aux jeunes filles d'accéder à l'agriculture. "Le mot agricultrice n'apparaît dans le Larousse qu'en 1961, une apparition tardive qui témoigne de l'invisibilité des femmes dans la profession", souligne Cédric Saur, président de la Mutualité sociale agricole languedocienne. Des législations tardives, mais des progrès, même si de nombreuses différences marquent encore la profession agricole entre les hommes et les femmes.
Les chiffres sont édifiants. Dans les années 1970, seules 8 % des femmes étaient cheffes d'exploitation. Aujourd'hui 1 chef d'exploitation sur 4 est une femme. "Alors oui, dire que les femmes sont aussi l'avenir de l'homme dans l'agriculture est un fait", pointe Marie-Agnès Garcia, directrice générale de la MSA du Languedoc. "Souvent invisibles, elles ont été et sont toujours la colonne vertébrale du monde rural. Sur les exploitations, dans les familles et auprès d'elles, elles offrent un lien social au territoire, et méritent la reconnaissance sociale économique et citoyenne qui leur revient", poursuit-elle. Mais souvent, la femme du monde rural se démène pour un équilibre de vie dans un milieu parfois difficile, qui entraîne un isolement, un éloignement des établissements de soins, et mène également à plus de précarité. "Quand on travaille sur la place des femmes en agriculture, ce n'est pas juste un travail pour les femmes, mais aussi pour améliorer le quotidien de tout le monde, y compris pour les hommes", développe la directrice. Cette ligne d'écoute illustre une initiative du terrain, enrichie grâce aux femmes appelantes qui ont permis la mise en place d'un outil de connaissance des besoins, pour accompagner au mieux leurs projets et leur quotidien.
"L'idée première était de penser cette ligne comme un lieu ressource pour les femmes du milieu agricole", explique Estelle Rouvière, chargée de développement social territorial à la MSA du Languedoc. Au début du projet, celui-ci s'inscrit dans la période de crise sanitaire, avec une difficulté à se retrouver. La ligne téléphonique prend donc la forme d'un lieu ressource virtuel, comme un rempart à l'isolement et un diagnostic des besoins territoriaux pour mieux comprendre les problématiques qui traversent le milieu rural.
"Répondre à cette ligne, c'est accueillir une parole", rappelle Karine Archimbaud, travailleuse sociale. Si l'expérience est difficile, requérant écoute active et attitude bienveillante pour établir une relation de confiance, elle a permis de repérer des thématiques communes, telles que les interactions alambiquées entre la vie professionnelle et personnelle, l'isolement, le besoin d'échanges... Parmi les profils, des salariées agricoles, des aides à domicile, des femmes vivant sur des exploitations, ou encore des cheffes d'exploitation. "Lorsque j'ai présenté mon projet professionnel, on ne m'a pas prise au sérieux, on m'a dit que j'étais trop vieille. C'est difficile, on m'a collé toutes les étiquettes, mais d'une façon, cela m'a donné la force de prouver deux fois plus que j'étais capable", témoigne Carole Beaurain Iskhakov, exploitante éleveuse de chevaux, et membre du collectif 'Du fil au café'.
Ce dernier est né d'une initiative, celle de réunir plusieurs des femmes appelantes autour de cafés rencontres. "Cela a notamment permis l'organisation d'un séjour répit bien-être de deux jours", souligne Karine Archimbaud. Des affinités ont émergé, un groupe WhatsApp a vu le jour, une leader s'est démarquée "de façon démocratique et dans le respect", les conflits naturels à tout groupe ont parfois pointé le bout de leur nez, mais surtout, ce sont les idées qui ont pris le dessus. "Faire partie de ce groupe a permis une forme de solidarité, des partages d'expériences, de mettre des mots sur des maux", développe Carole Beaurain Iskhakov. Et de Karine Archimbaud de poursuivre avec la lecture lettre d'une participante anonyme : "Le temps d'une après-midi, je ré-existais", témoigne-t-elle dans des propos bouleversants sur sa place dans ce milieu difficile et masculin.
Repérée, y compris par les hommes, l'expérience donne des idées, une volonté de se retrouver, de créer davantage d'échanges. Elle a surtout vocation à se poursuivre. Après son expérimentation dans l'Hérault, la ligne est désormais ouverte aux départements du Gard et de la Lozère.
En parallèle, la MSA du Languedoc poursuit sa recherche d'accompagnement, notamment avec le soutien de Sidonie Tisseau, étudiante en Master 2 'Intervention et développement social', qui accompagne la MSA dans la définition des besoins, scindés en trois catégories : les besoins sociaux, la santé, et l'activité professionnelle. Au total, une soixantaine de sujets ont été répartis dans ces trois catégories, qui restent interconnectées.
Mais les solutions ne se limitent pas à cela. De nombreuses initiatives permettent à la cause féminine d'avancer en terres rurales et agricoles. Outre le rapport d'information de la sénatrice de la Drôme, Marie-Pierre Monier, 'Femmes et ruralités : en finir avec les zones blanches de l'égalité', paru en 2022 sur lequel elle est revenue dans le détail, la MSA a surtout présenté le livre blanc 'Femmes en agriculture, 15 propositions pour lever les freins à l'exercice des métiers agricoles par les femmes', réalisé par six administratrices de la MSA. Une occasion pour reprendre de façon très concrète six thématiques : l'accompagnement social, la famille, l'engagement, l'installation, la santé-sécurité au travail et la prévention santé. "Il faut engager un travail législatif et parfois réglementaire au sein même de la MSA. Ce type d'échanges nous permet d'enrichir nos propres propositions", rapporte Nathalie Chauchard, cheffe d'exploitation et administratrice de la caisse centrale lors de la présentation du livre.
Tout au long de la matinée, les différents intervenants se seront en effet appliqués à zoomer sur les femmes. "Nous sommes dans une logique d'égalité et cela consiste nécessairement à reconnaître les inégalités. Il n'est pas toujours évident de parler en tant que femme tant nous voulons être perçues comme des professionnelles. C'est la raison pour laquelle il est si important de continuer à travailler pour qu'un jour nous ne soyons plus vues par notre genre, mais bien comme des pro", souligne Marie-Agnès Garcia en guise de conclusion.
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