Aude 27/08/2026
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ÉLEVAGE

Quand la plaquette remplace la paille

Au Gaec du Pradinas, à Avène (34), l'entretien des parcours boisés alimente une partie de la litière du troupeau. En valorisant en plaquettes les bois de faible valeur issus de l'entretien forestier, François Théron limite ses achats de paille et enrichit son fumier en matière organique, à condition de maîtriser coupe, séchage et stockage.

La Chambre d'agriculture de l'Hérault a organisé cette journée Innov'Action au Gaec du Pradinas à Avène et a su mettre autour de la table de nombreux éleveurs et intervenants sur le sujet du bois. 

© Crédit photo : AL

À mesure que le broyeur avale branches et petits troncs, un bois de faible valeur devient une ressource pour l'élevage. Le Gaec du Pradinas conduit un système pastoral sédentaire sur 339 ha, avec trois UTH. L'exploitation compte 40 vaches allaitantes Aubrac et 235 brebis allaitantes de race Blanche du Massif Central. Elle produit des broutards et des agneaux sous label, et développe aussi une activité d'élevage, de pension et de travail équin.

Répondre au besoin pastoral

Le pâturage assure 56% de l'alimentation et les animaux valorisent les parcours durant huit mois, du printemps à l'entrée de l'hiver, avec les châtaignes en complément à l'automne. Avec 44% des surfaces pastorales boisées, le bois est une composante centrale du système : les tiges partent en piquets, bois d'œuvre ou bois de chauffage. Les branches, les dosses de sciage et les troncs sans autre débouché sont broyés pour la litière animale.

La démarche répond aussi à un besoin pastoral. "La forêt gagne chaque année des hectares et des hectares", constate François Théron, jeune éleveur associé du Gaec. "Les animaux maintiennent les milieux ouverts, mais leur action ne suffit pas." Des parcelles de châtaigniers, abandonnées depuis les années 60, ont entraîné une fermeture progressive du paysage. Pour récupérer les parcours pour le bétail, plusieurs méthodes sont combinées : le pâturage, le broyage mécanique (interne ou par prestataire externe sur les pentes fortes), et l'écobuage (brûlis contrôlés sous autorisation) en hiver. Les coupes en forêt plus dense sont sélectives et les arbres marqués, dans le cadre d'un plan de gestion établi avec le Centre national de la propriété forestière (CNPF).

Dix ans de recul sur la litière bois

L'essai commence il y a une dizaine d'années, après d'importants dégâts de sangliers et l'arrêt de la production de céréales sur l'exploitation. Un collègue bûcheron prête alors un petit broyeur à François Théron. L'expérience convainc, puis le chantier prend de l'ampleur avec l'intervention d'un prestataire équipé d'une déchiqueteuse.

Le choix de la granulométrie compte. "J'ai une préférence pour la plaquette fine, car elle absorbe davantage et se décompose plus vite", explique l'éleveur. "Les bois tendres, notamment le peuplier, donnent les meilleurs résultats", poursuit-il. "Le résineux se montre également absorbant. Le châtaignier fonctionne, mais son bois dur, chargé en tanins, évolue plus lentement."

La plaquette est surtout utilisée dans la stabulation bovine, qui comprend 420 m² d'aire pour quatre mois d'hivernage. Une sous-couche de 15 cm est installée à la fin de l'été, puis un à trois apports d'environ 7 cm suivent selon les années. "Il ne faut pas en rajouter de façon excessive, il suffit de passer un coup de herse pour aérer la couche et faire remonter des copeaux propres."

La distribution des plaquettes au sein de la stabulation n'est pas chose facile, et comme le souligne l'éleveur, "des outils existent, mais je ne vais pas mettre 10 000 € dans un équipement que je vais utiliser une seule journée par an". Une partie de la mise en place se fait encore à la main et nécessite de sortir les animaux du bâtiment.

Du bois sec et un stockage bien pensé

Le taux d'humidité constitue le premier point de vigilance. En effet, le bois vert peut fermenter et chauffer. "Il doit sécher plusieurs mois avant son utilisation", conseille Christian Merviel, du groupe éponyme spécialisé dans les travaux du bois. À défaut de bâtiment, ce dernier recommande un tas d'au moins trois mètres de haut, avec des pentes régulières pour limiter les infiltrations. Un bâtiment bien ventilé reste préférable. "Le tas doit aussi être éloigné des bâtiments et de la végétation exposée au risque d'incendie." Une fois entamé, un tas extérieur gagne à être consommé rapidement. S'il est aplati par les passages du tracteur, l'eau pénètre et le séchage devient difficile.

"La vente de plaquettes pour le paillage ou le compost est envisagée, mais elle suppose des clients et des volumes suffisants"

Le Gaec utilise près de 100 m3 apparents par an et estime à 32 tonnes la paille économisée. Le rendement dépend cependant de la nature du bois, et la pratique demande aussi du temps pour regrouper les rémanents, les conduire sur une aire accessible au broyeur, stocker le produit et l'étaler dans le bâtiment.

Au Gaec du Pradinas, les gros camions atteignent difficilement l'exploitation. Cette contrainte ferme la voie des chaufferies et renchérit la sortie du bois bûche. "La vente de plaquettes pour le paillage ou le compost est envisagée, mais elle suppose des clients et des volumes suffisants", estime François Théron. L'usage sur place reste donc le plus simple.

Un fumier plus stable, sans couper trop fort

Après curage, le fumier rejoint les parcelles. "Sur les questions autour de l'acidification des sols, les références qu'on a sur l'utilisation de litières et plaquettes ne montrent pas d'inquiétude", selon Sylvain Micola, chargé de mission 'Pastoralisme' à la Chambre d'agriculture de l'Hérault. La matière organique du fumier de bois est plus stable et se dégrade plus lentement. Sur les terres argileuses du Gaec, François Théron observe des sols "beaucoup plus légers et plus drainants".

Mais attention : le prélèvement en forêt doit rester mesuré. Une partie des rémanents demeure ainsi au sol, afin de restituer de la matière organique et de permettre le maintien des habitats pour la biodiversité. "Sur une zone trop fortement éclaircie, des châtaigniers dépérissent d'une exposition au soleil excessive", explique l'éleveur.

Conserver l'accès à l'herbe et aux fruits

La gestion de cette litière boisée demande également à maintenir la circulation des animaux et les ressources sous couvert, pour ne pas compromettre le renouvellement des arbres. Le maintien de jeunes sujets, le recépage et, si nécessaire, une mise en défens temporaire protègent la régénération.

Le droit de coupe doit enfin être vérifié avant tout chantier. "Une convention de pâturage ou un fermage ne donne pas automatiquement accès au bois : l'autorisation du propriétaire reste nécessaire", prévient le chargé de mission. Au Pradinas, le plan de gestion forestière encadre les interventions : il permet de conserver des arbres, de retrouver de l'herbe sous couvert, de prolonger le pâturage grâce aux châtaignes et de valoriser les petits bois. La plaquette relie ainsi le parcours au bâtiment d'élevage, puis le fumier au champ. 

Anthony Loehr •

POUR ÊTRE précis-

Le bois, nouvel allié des éleveurs

Face à la pénurie et au coût de la paille, l'utilisation de plaquettes de bois issues de l'entretien forestier s'impose comme une alternative durable. Au Gaec du Pradinas, cette pratique génère une économie de paille annuelle d'environ 6 000 à 7 000 €. Au-delà de l'aspect financier, ce paillage offre un pouvoir asséchant supérieur et améliore durablement la structure des sols argileux, favorisant une meilleure portance et rétention d'eau. Ce cercle vertueux permet de valoriser des bois locaux tout en renforçant l'autonomie fourragère et agronomique de la ferme.

Anthony Loehr •

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